Gabon-Basket-ball : Entretien avec Claude Michel Tchissambo Adossou

Après une longue période de crispations institutionnelles ayant paralysé le fonctionnement normal du basketball gabonais, les ligues de l’Estuaire, du Haut-Ogooué, de l’Ogooué-Maritime et du Moyen-Ogooué ont acté leur retour au sein de la Fédération gabonaise de basket-ball (Fégabab). Une décision lourde de sens, prise au nom de la stabilité et de l’intérêt supérieur de la discipline. Président de la Ligue de basket-ball de l’Estuaire (LIBABE), Claude Michel Tchissambo revient, sans détour, sur les motivations de ce choix, le processus électoral contesté et les perspectives de gouvernance à l’échelle nationale, dans cet entretien accordé à Publi-Sports.

Propos recueillis par Fabrice Guitrie 

Fabrice Guitrie: Président bonjour, d'entrée de jeu parlons du retour à la collaboration. Votre ligue, aux côtés de trois autres, a décidé de mettre fin à la mise en réserve vis-à-vis de la Fédération. Quelles garanties concrètes ont été obtenues pour justifier ce retour à la table fédérale ?

Claude Michel Tchissambo Adossou : Oui bonjour. Sur les garanties et le retour à la table fédérale, aucune garantie particulière n’a été obtenue, mais la question ne se pose pas en ces termes.

Notre retour à la table fédérale s’inscrit dans la continuité de ce que nous avions annoncé au moment de la mise en réserve : la LIBABE s’alignerait sur la FÉGABAB dès lors que le ministère de tutelle aurait validé le processus électoral.

La communication, certes tardive, du ministère des Sports concernant l’activité fédérale a été comprise comme un signal clair de retour à la norme institutionnelle.

Dès lors, la seule voie responsable consiste à se conformer strictement aux textes qui régissent notre discipline. Chacun, dans ce paysage complexe, doit savoir rester à sa place et assumer son rôle. Il y a parfois des silences qui parlent d’eux-mêmes ; celui-ci indiquait la direction.

Fabrice Guitrie: Le processus électoral contesté. Vous aviez dénoncé une exclusion du processus électoral de janvier 2025. Estimez-vous que cette situation a été réellement clarifiée et réglée, ou reste-t-il des zones d’ombre à dissiper ?

CMTA : Sur le processus électoral contesté, nous avons fait le choix d’aller de l’avant. Il est vrai que nous avions estimé que nos droits avaient été bafoués lors des élections fédérales, et avions, comme le permet la procédure, introduit plusieurs recours auprès d’instances compétentes.

Aucune de ces entités n’a donné suite, comme vous le savez. Parallèlement, malgré trois ministres successifs au département des Sports, le bureau fédéral a finalement été reçu et reconnu comme tel par les autorités habilitées.

En République Gabonaise, le respect de l’administration, la logique universelle de la gouvernance sportive et l’intérêt supérieur du basketball commandent que nous nous inclinons devant cette réalité institutionnelle. Il y a des batailles que l’on mène pour le principe, et d’autres qu’il faut savoir refermer pour préserver l’essentiel.

Fabrice Guitrie: Le climat de confiance. Le communiqué évoque un “climat de confiance et d’apaisement” restauré. Quels engagements ou changements de la part de la FÉGABAB ont permis d’apaiser les tensions ?

CMTA: Sur la LIBABE, son poids et la reprise de la collaboration la LIBABE n’est pas une structure mineure dans l’univers du basketball gabonais, loin de là.

Elle porte une histoire, un actif considérable inscrit dans le temps… avec, bien sûr, son lot de passif. Elle est surtout le fruit du travail d’hommes et de femmes qui ont donné corps et âme pour en faire ce qu’elle est. Ce travail mérite respect.

Il en va de même pour la FÉGABAB : ce sont des institutions portées par des bénévoles qui donnent infiniment plus qu’ils ne reçoivent. C’est en mettant de côté les égos et en privilégiant l’intérêt collectif que le président fédéral et les présidents de ligues en réserve ont pu renouer le dialogue, afin de revenir à un fonctionnement normal entre nos différentes instances.

La Fédération n’a d’engagements vis-à-vis de nous que ceux prévus dans les textes qui fondent son existence et régissent son fonctionnement. Les ligues provinciales ont l’obligation de s’affilier à la FÉGABAB, et celle-ci a le devoir de superviser et d’encadrer la discipline sur l’ensemble du territoire, dans le respect des normes, avec discernement et en bon père de famille.

Pour le reste, nous comptons sur l’expérience tirée des erreurs passées… et sur les leçons silencieuses qu’elles ont laissées derrière elles.

Fabrice Guitrie: L’intérêt supérieur du basketball gabonais. Vous expliquez que la décision est motivée par l’intérêt supérieur du basketball national. Concrètement, quelles actions prioritaires souhaitez-vous désormais mener pour relancer la dynamique dans l’Estuaire et au niveau national ?

CMTA: Sur l’impact des tensions sur le basketball national. Vous l’avez constaté, les tensions entre instances dirigeantes ont durement affecté les unités opérationnelles clubs, arbitres, sponsors, et autres acteurs essentiels du basketball gabonais. Beaucoup ne savaient plus à quelle autorité se référer : certains se réclamaient de la ligue, d’autres de la fédération.

À nos yeux, tout cela doit maintenant laisser place à l’unité et la lisibilité. Nous nous plaçons désormais sous la tutelle technique de la FÉGABAB, à qui il revient d’indiquer la direction et de rétablir la cohérence nécessaire. Dans l’ombre des tensions, le sport souffre toujours en premier. Il était temps d’y mettre fin.

Fabrice Guitrie: Perspectives d’unité et de gouvernance. Cette réconciliation marque une étape importante pour l’unité du basketball gabonais. Mais comment garantir que de telles crises ne se reproduisent plus ? Faut-il envisager des réformes structurelles au sein de la Fédération ou des ligues ?

CMTA: Sur la position actuelle de la LIBABE, le choix est clair, l’unité, la norme, le respect des textes. Nous œuvrons pour remettre nos statuts et règlements en conformité, et avons engagé un processus de révision visant à les rendre les plus standards possible.

À charge désormais pour la FÉGABAB de produire une gouvernance en bon père de famille ; un encadrement technique crédible et transparent ; un fonctionnement qui ne prête ni à contestation ni à confusion.

L’unité n’est jamais un acquis : c’est une construction patiente, fondée sur des actes… et parfois sur quelques non-dits nécessaires.

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