Football gabonais: Christian Mouity recadre le débat et rappelle la primauté de l’État

Par/Fabrice Guitrie

Depuis la sortie officielle du Gouvernement consécutive à la prestation décevante des Panthères, une frange de soutiens de la Fégafoot semble-il s’agite, brandissant l’argument de l’affiliation à la FIFA comme un bouclier face à toute velléité de réforme. Une posture que Christian Mouity démonte méthodiquement, en recentrant le débat sur l’essentiel le respect de l’État de droit et l’intérêt supérieur du peuple gabonais. 

Pour l'ancien arbitre et actuel conseiller à l'ONDS, il est fondamental de rappeler une évidence trop souvent occultée dans les débats passionnés. Le Gabon est un État souverain, doté d’un cadre juridique clair et structuré. À ce titre, toute fédération sportive nationale, même affiliée à une instance internationale comme la FIFA, demeure avant tout une association régie par les lois de la République. L’affiliation internationale ne saurait donc primer sur la souveraineté de l’État, encore moins servir d’alibi pour échapper à toute remise en question.

Christian Mouity insiste, lorsque le football traverse une crise profonde, lorsque l’ordre public sportif est mis à mal et que l’espoir d’un peuple s’étiole au rythme des contre-performances et des dysfonctionnements internes, il revient naturellement aux autorités nationales de prendre leurs responsabilités. Réformer, assainir, corriger les dérives et redonner une perspective crédible au football gabonais n’est pas une ingérence, mais un devoir régalien.

Face aux procès d’intention et aux discours alarmistes annonçant de prétendues sanctions automatiques de la FIFA, l’argumentaire de Mouity se veut pragmatique et documenté. Le football n’est pas une zone de non-droit. Il est un fait social majeur, un patrimoine collectif, et à ce titre, il engage la responsabilité de l’État. Le football gabonais appartient d’abord au peuple gabonais, pas à un cercle fermé de dirigeants ou d’intérêts particuliers.

Pour étayer cette position, le juriste convoque un précédent emblématique : la France lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. À Knysna, l’équipe de France sombre dans un fiasco retentissant, marqué par des conflits internes, l’exclusion de Nicolas Anelka après des insultes envers le sélectionneur Raymond Domenech, puis une grève historique des joueurs refusant de s’entraîner en plein Mondial. Le choc est national, l’image du football français gravement ternie.

Face à cette crise sans précédent, l’État français ne reste pas spectateur. Le président Nicolas Sarkozy convoque les dirigeants du football, tandis que la ministre des Sports, Roselyne Bachelot, se rend sur place et fustige publiquement un « désastre moral » incarné par des « caïds immatures ». La pression politique s’accentue sur la Fédération Française de Football, conduisant à la démission de son président Jean-Pierre Escalettes. Des réformes internes sont enclenchées, la discipline et la formation sont repensées, Raymond Domenech est remplacé par Laurent Blanc, et des sanctions symboliques frappent certains joueurs.

Aucune suspension de la France par la FIFA. Aucun effondrement institutionnel. Mais une prise de conscience et une refondation. Pour Christian Mouity, la comparaison est éclairante. Elle démontre que l’intervention de l’État, lorsqu’elle est motivée par l’intérêt général et encadrée par le droit, n’est ni une hérésie ni une provocation à l’égard des instances internationales. Elle peut au contraire être le point de départ d’une reconstruction salutaire.

Au Gabon, l’heure n’est donc ni à la peur ni aux slogans creux, mais à la lucidité. Le football gabonais a besoin de réformes courageuses, d’un cadre assaini et d’une gouvernance responsable. Et cela ne peut se faire qu’en assumant une vérité simple, que Christian Mouity rappelle sans détour : le football gabonais est d’abord l’affaire de l’État et de son peuple.

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