Stade Gaston Peyrille barricadé: quand un bien public est pris en otage à Bitam
Par/Fabrice Guitrie
Le sport gabonais peut-il encore avancer quand des intérêts privés, flous et arrogants, s’érigent au-dessus de l’État ? À Bitam, dans la province du Woleu-Ntem, la réponse semble tristement évidente. Le stade Gaston Peyrille, infrastructure sportive historique et bien public avéré, a été barricadé sur ordre supposé de René Ndemezo’o Obiang, exécuté par l’un de ses neveux, au mépris total des lois de la République et des autorités locales.
Ce stade, où l’Union Sportive de Bitam (USB) est censée s’entraîner pour préparer la reprise annoncée du championnat national 2025-2026, est aujourd’hui fermé, cadenassé, confisqué. Les joueurs sont empêchés de travailler, les dirigeants désarmés, et la ville de Bitam prise en otage par une revendication pour le moins ubuesque, le stade serait un « bien familial ».
Une revendication sans fondement historique ni juridique
Les faits, eux, sont têtus. L’Union Sportive de Bitam a été fondée en 1947, par le commerçant français Gaston Peyrille, dont le stade porte légitimement le nom et non celui des Ndemezo'o Obiang. Comme l’a rappelé l’ancien maire Emmanuel Edou Eyene, jamais ce club n’a été la création de René Ndemezo’o Obiang, encore moins une propriété privée de sa famille.
Mieux encore, l’histoire retient que Mezui Ypercut fut l’un des premiers dignitaires de Bitam à investir personnellement pour accompagner la montée du club en première division. Où est donc la « propriété familiale » dans ce récit collectif, sportif et communal ?
Un stade rénové par l’État, propriété de la ville
En 2012, à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations co-organisée par le Gabon, le stade Gaston Pérille a été entièrement rénové par l’État gabonais. Les fonds publics ont été mobilisés pour en faire une infrastructure conforme aux standards internationaux. La mairie de Bitam est formelle : le stade est une propriété de la ville, confiée à l’USB pour ses matchs et ses entraînements.
Dès lors, comment un individu, fût-il parent d’une ancienne figure politique, peut-il se lever un matin et décider de barricader un équipement public ? En qualité de qui agit-il ? Et surtout, au nom de quel droit ?
Une récidive qui frise la délinquance
Ce n’est malheureusement pas un fait isolé. La mémoire collective de Bitam se souvient encore d’un épisode tout aussi grave : lors d’un championnat scolaire, ce même individu avait fait entrer son véhicule sur la pelouse du stade, saccageant l’aire de jeu sans être inquiété. Aujourd’hui, il récidive, avec une gravité accrue.
Face à cette situation, les dirigeants de l’USB ont saisi un huissier de justice pour constater les faits. Des correspondances officielles ont été adressées au maire, au préfet, ainsi qu’au commissariat et aux forces de police, comme l’attestent les démarches engagées dès le 15 janvier. L’État est donc informé. Il ne peut plus se taire. Le Président Willy Bendo EDO interrogé sur la situation n'a pas souhaité commenter mais exhorte les autorités compétentes a réglé une bonne fois pour toute cette affaire.
L’État interpellé, les institutions attendues
Il revient désormais à l’État gabonais de mettre fin à cette mascarade indigne d’un État de droit. La LINAFP, le Ministère des Sports et l’ONDS ne peuvent rester spectateurs pendant qu’un individu se proclame propriétaire d’un bien public, bloque une équipe, sabote une saison sportive et ridiculise l’autorité publique.
Ce qui se joue à Bitam dépasse le simple cadre du football. C’est une question de respect des institutions, de protection du patrimoine public et de lutte contre une délinquance d’un autre genre, faite d’intimidation, d’arbitraire et d’impunité.
Le stade Gaston Pérille n’est ni un héritage familial, ni un terrain privé. C’est un symbole, une infrastructure publique, un outil de cohésion sociale. Le laisser aux mains de revendications fantaisistes serait un aveu de faiblesse. Et le sport gabonais ne peut plus se permettre ce luxe.

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