Makaye Ma Ngome: à Lambaréné, le rêve prend racine au stade Jean Koumou Grand reportage
Par/ Fabrice Guitrie
Sous le ciel lourd et lumineux du Moyen-Ogooué, le stade Jean Koumou respire au rythme des pas pressés et des ballons qui claquent. À quelques mètres de la pelouse, entre rires d’adolescents et consignes lancées d’une voix ferme, le centre de formation Makaye Ma Ngome s’impose comme un îlot d’espérance. Ici, à Lambaréné, le football n’est pas qu’un jeu, c’est un projet de vie.
Le président du centre, Letiec Claude Ngoma, accueille avec cette poignée de main franche des hommes qui ont choisi de bâtir plutôt que d’attendre. Le regard fier, il raconte une aventure née d’une conviction simple, la jeunesse gabonaise a du talent, encore faut-il lui offrir un cadre, une méthode et une chance réelle.
« Le centre est un projet structuré et pensé pour la jeunesse, pour répondre aux besoins du pays », explique-t-il en désignant les terrains où s’entraînent les U15 et U17. L’histoire commence en 2021 avec une vaste opération de détection. Trente jeunes sont retenus. Trois ans plus tard, ces enfants ont grandi, mûri, appris à jouer ensemble et à rêver plus grand.
Mais ici, la détection n’est pas une simple formalité. « Le point focal, c’est l’âge réel. Il fallait respecter les catégories. Quand on forme, on ne triche pas. Cela permet au détecteur de savoir qu’il a en face de lui un vrai talent qui va évoluer dans de bonnes conditions. » Cette rigueur, rare dans certains circuits, est devenue la signature du centre.
L’arrivée du coach Yokoya marque un tournant. Le jeu gagne en fluidité, en intelligence, en discipline. « Nous avons franchi un cap dans la qualité de jeu. Les enfants gagnent en expérience, en maturité tactique. » Sur le terrain, les séances sont intenses, mais les visages restent habités par le plaisir d’apprendre.
Rien de tout cela n’aurait été possible sans le soutien du partenaire Maurel & Prom. Letiec Claude Ngoma insiste : « C’est une grâce pour nous. Les enfants sont pris en charge, logés, nourris, scolarisés. Pour les parents, c’est un soulagement immense. » Au centre, les journées sont réglées comme une horloge bienveillante, petit-déjeuner, école, entraînement, devoirs, repas du soir. « Ici, ils mangent matin, midi et soir. Quand ils partent à l’école, ils ont un sandwich. Quand ils rentrent, ils trouvent un repas chaud. C’est chez eux ici. »
L’émotion affleure quand le président évoque les parcours individuels. « Le plus jeune avait 10 ans en arrivant. Aujourd’hui, ils ont 15, 16, parfois 17 ans. On vit avec eux, on les voit grandir. Ce sont nos enfants. » Beaucoup viennent de milieux modestes. Le football devient alors plus qu’une passion, une passerelle vers un avenir plus stable, une fierté pour toute une famille.
Sur le plan sportif, les résultats valident le travail de fond. Engagé dans le championnat du Moyen-Ogooué, le centre a voulu se mesurer à plus fort. Direction la sous-ligue d’Owendo. Verdict : champions U15 et U17. « Cela montre que nos efforts ne sont pas vains. La formation que nous donnons est de qualité. »
L’horizon s’élargit encore. Une invitation au Cameroun se profile, prélude à d’autres confrontations internationales. Letiec Claude Ngoma y voit une étape vers un modèle plus ambitieux : « Nous voulons que le Gabon s’inspire des grandes nations formatrices comme le Sénégal. Avec des jeunes bien formés, on peut élever le niveau local et alimenter les sélections nationales. » Les regards se tournent déjà vers les futures compétitions UNIFFAC et les Panthères U17.
Le centre, inauguré en mars 2022 par l’ancien ministre des Sports Franck Nguema, cherche désormais un nouvel élan institutionnel. « Nous demandons au nouveau ministre des Sports de venir voir, toucher du doigt notre travail. Nous pouvons apporter beaucoup à la jeunesse. »
Au moment de quitter les lieux, le soleil descend lentement sur Lambaréné. Sur la pelouse, un gamin tente une frappe lointaine. Le ballon file, touche le poteau, et déclenche une clameur spontanée. Letiec Claude Ngoma sourit. Dans ce bruit simple et joyeux, il entend déjà l’écho d’un futur possible.
À Makaye Ma Ngome, le football n’est pas seulement une promesse. C’est une semence patiemment cultivée, dans l’espoir qu’un jour, ces jeunes pousses portent haut les couleurs du Gabon.



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