Analyse/Gabon-Élections à la Fégafoot et au Comité National Olympique Gabonais: le règne du deux poids, deux mesures

Par/Fabrice Guitrie

Le sport, par essence, est un creuset d’unité, un espace où les divergences s’estompent au profit d’un idéal commun. Au Gabon, cette vocation semble aujourd’hui dévoyée. À l’approche des échéances électorales à la Fédération gabonaise de football (Fégafoot) et au Comité National Olympique Gabonais (CNOG), le mouvement sportif national offre le visage inquiétant d’un champ de tensions, où les alliances d’hier se muent en rivalités ouvertes. Que veut réellement le ministre ? 

Ce qui relevait autrefois de la camaraderie autour des tables de la Linafp ou dans les cercles dirigeants de la Fégafoot se transforme désormais en une lutte acharnée pour le contrôle des instances. Derrière cette recomposition brutale des rapports de force, une constante, la quête du pouvoir, quitte à fracturer durablement le tissu sportif national.

Plus préoccupant encore, l’irruption d’acteurs extérieurs dans ces querelles internes interroge. L’implication supposée de ressortissants étrangers camerounais, congolais, Rwandais dans des stratégies d’influence au sein des instances sportives gabonaises alimente un sentiment de dépossession et de crispation. À tort ou à raison, cette perception nourrit un malaise profond. Celui d’un sport national qui ne semble plus totalement maîtrisé par ses propres acteurs.

Au cœur de cette tourmente, la gouvernance ministérielle cristallise les critiques. Depuis son arrivée, le ministre des Sports, Paul Kessany, est accusé par certains acteurs de vouloir imprimer des réformes sans véritable concertation, dans une logique jugée autoritaire. L’impression qui se dégage est celle d’une volonté d’imposer une nouvelle architecture du sport gabonais, au pas de charge, sans laisser le temps nécessaire à l’appropriation des changements par les structures concernées. Où donner un coup de pouce à XYZ. Faisons attention aux antidatés....

Cette démarche soulève une interrogation fondamentale, peut-on réformer durablement sans construire le consensus ? Car une réforme, pour être efficace, doit s’inscrire dans le temps, reposer sur des bases juridiques solides et être appliquée avec équité. Or, c’est précisément sur ce terrain que les critiques se font les plus virulentes.

La question de la régularité des fédérations, associations et des clubs illustre parfaitement ce malaise. Sur quels critères certains sont-ils déclarés conformes et d’autres non ? Pourquoi des entités jugées irrégulières continuent-elles de bénéficier de financements publics tout en étant exclues des processus électoraux ? Comme avec le national foot 1 et 2. Cette apparente incohérence fragilise la crédibilité de l’action publique et alimente le soupçon d’un traitement sélectif, voire partisan.

Le cas du Comité National Olympique Gabonais est tout aussi révélateur. Alors que des irrégularités sont évoquées pour justifier une possible remise en cause de certaines participations électorales, aucune opposition ferme n’a été manifestée lors de la tenue récente de l’assemblée générale, qu'à dit le Ministre ce jour là ?. Ce décalage entre le discours et les actes entretient un flou préjudiciable à la transparence du processus.

Dans ce contexte, plusieurs fédérations, athlétisme, handball, basketball, judo se retrouvent indirectement au cœur du débat. Leur situation administrative réelle ou supposée devient un instrument de légitimation ou d’exclusion, au gré des intérêts en présence. Une instrumentalisation qui pose une question essentielle, où se situe la ligne entre régulation nécessaire et manipulation opportuniste ? Basket-ball, Handball, Athlétisme toutes sont également dans le flous sauf si des antidatés sont faits à la va-vite.

Au fond, c’est la philosophie même de la gouvernance sportive qui est en jeu. Une administration ne saurait être conduite sur la base d’humeurs, de rapports de proximité ou de considérations personnelles. Elle exige rigueur, impartialité et cohérence. L’État, garant de l’intérêt général, ne peut se permettre d’adopter des postures ambiguës, sous peine de décrédibiliser l’ensemble du système.

Enfin, l’ombre d’une stratégie politique plane sur ces tensions. L’idée selon laquelle certaines manœuvres viseraient à installer des dirigeants acquis à une cause, dans une logique de contrôle différé des institutions, alimente les inquiétudes. Si tel devait être le cas, il s’agirait d’une dérive grave, contraire aux principes d’autonomie et de démocratie qui doivent régir le mouvement sportif.

Le sport gabonais se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit il s’engage résolument dans une voie de réforme concertée, transparente et équitable, soit il s’enlise dans des querelles de pouvoir aux conséquences durables. Plus qu’un simple enjeu électoral, c’est la crédibilité et l’avenir même des institutions sportives nationales qui se jouent.

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