CNOG: agitation politique ou vraie crise institutionnelle ? Décryptage d’un faux procès électoral
Par/Fabrice Guitrie
Depuis plusieurs semaines, un bruit persistant agite le mouvement sportif gabonais autour des prochaines élections à la présidence du Comité national olympique gabonais (CNOG). Derrière cette agitation, certains acteurs tentent d’imposer l’idée d’une crise institutionnelle et d’un refus d’organiser les élections dans les délais. Pourtant, à la lecture attentive des statuts et des faits, l’argumentaire avancé semble davantage relever d’une stratégie de pression que d’une véritable question juridique.
Au cœur de cette polémique, un président de fédération particulièrement actif depuis 2025, qui se présente comme le porte-voix d’un supposé « collectif des présidents de fédérations ». Or, selon plusieurs responsables du mouvement sportif, cette structure n’a jamais été formellement constituée ni reconnue dans l’architecture institutionnelle du sport gabonais même la Fégafoot ne se reconnaît pas. Pour beaucoup, il s’agit donc d’une construction opportuniste, une manière de donner du poids à des prises de position personnelles en parlant au nom d’un groupe qui, juridiquement, n’existe pas.
Cette posture, qualifiée par certains d’imposture et d’abus de langage, participe à créer un climat de confusion dans l’opinion sportive. Car au-delà des déclarations médiatiques, la question essentielle demeure, y a-t-il réellement une crise au CNOG ?
Les statuts au cœur de la controverse
Pour justifier leurs critiques, les détracteurs de l’actuel président du CNOG s’appuient notamment sur deux dispositions statutaires, les articles 18.2 et 18.5.
L’article 18.5 précise que la convocation aux assemblées générales ordinaires ou extraordinaires doit être envoyée au moins trente jours avant leur tenue. Il s’agit d’un principe classique de gouvernance visant à garantir la transparence et la préparation des membres. De son côté, l’article 18.2 indique que l’Assemblée générale ordinaire se tient chaque année au cours du premier trimestre de l’année civile, notamment pour entendre et adopter le rapport moral et le rapport financier de l’exercice écoulé.
À première vue, ces dispositions semblent simples. Mais leur interprétation soulève plusieurs interrogations. Si l’Assemblée générale ordinaire doit se tenir durant le premier trimestre, elle intervient logiquement vers la fin du mois de mars, période où les comptes et le rapport d’activités de l’année précédente peuvent être présentés et validés par les membres.
Cependant, aucune disposition des statuts ne fixe explicitement la tenue des élections au mois d’avril, contrairement à ce que certains tentent aujourd’hui de faire croire.
Le précédent de 2022
L’histoire récente du CNOG apporte d’ailleurs un éclairage intéressant. Lorsque l’actuel président, Crésant Pambo, a succédé à Léon Folquet, son élection s’est tenue le 22 juillet 2022. Ce précédent démontre clairement que le calendrier électoral ne se limite pas mécaniquement au premier trimestre de l’année. Il peut être déterminé en fonction du déroulement des assemblées et des procédures internes.
Dès lors, l’argument selon lequel les élections devraient obligatoirement se tenir en avril apparaît juridiquement fragile. Pour plusieurs observateurs du mouvement sportif, la polémique actuelle repose davantage sur une interprétation orientée des textes que sur une véritable violation des statuts.
Le rôle limité du ministère
Autre élément qui interroge : la tentative de porter le débat devant le ministère des Sports. Or, dans le fonctionnement du mouvement olympique, les comités nationaux olympiques jouissent d’une autonomie institutionnelle, principe reconnu dans la gouvernance du sport international.
Autrement dit, le ministère n’est pas l’organe compétent pour trancher une question interne de calendrier électoral au sein du CNOG alors que le CIO a validé. Cette autonomie constitue d’ailleurs l’un des fondements de l’indépendance du mouvement olympique.
Derrière l’agitation, la crainte de révélations ? Pour certains acteurs du sport gabonais, cette agitation permanente autour du calendrier électoral pourrait cacher un enjeu plus sensible, la gestion des ressources liées aux activités sportives continentales et aux programmes destinés aux athlètes.
Plusieurs voix évoquent en coulisses des interrogations sur l’utilisation de certains financements et sur la gestion de projets sportifs récents. Dans ce contexte, l’ouverture d’un débat statutaire bruyant pourrait servir de diversion. Autrement dit, faire croire à une crise institutionnelle permettrait d’éviter que l’attention ne se porte sur d’éventuelles zones d’ombre dans la gestion de certaines fédérations ou programmes sportifs.
Une agitation plus politique que sportive
Au final, l’affaire des élections du CNOG semble moins relever d’une crise réelle que d’une bataille d’influence au sein du mouvement sportif gabonais. Entre la création contestée d’un « collectif » sans existence formelle, les interprétations sélectives des statuts et l’implication d’autorités administratives peu compétentes sur ce terrain, le débat apparaît largement politisé.
Dans ce contexte, une question demeure, le mouvement sportif gabonais parviendra-t-il à préserver la sérénité et l’autonomie de ses institutions face aux stratégies de déstabilisation ? Car au-delà des querelles de positionnement, l’essentiel devrait rester ailleurs : la défense des intérêts des athlètes et le développement du sport gabonais.


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