ENTRETIEN-RÉACTION
Et si la défense devenait l’aveu ? Dans cet entretien sans détour, Blanchard Paterne Andoume démonte point par point la sortie médiatique du président de la Commission électorale de la Fédération Gabonaise de Football. Arguments juridiques à l’appui, il estime que cette prise de parole, loin de rassurer, confirme les irrégularités dénoncées et fragilise davantage le processus menant à l’élection du 18 avril.
« En voulant se défendre, le président de la Commission Électorale a signé lui-même l'acte de dissolution »
Monsieur ANDOUME, le président de la Commission Électorale de la FEGAFOOT vient de s'exprimer dans la presse pour défendre la régularité du processus électoral. Quelle est votre première impression ?
Blanchard Paterne ANDOUME : Ma première réaction est de dire que cette interview est une erreur stratégique majeure pour la Commission Électorale. En voulant éteindre l'incendie, son président a apporté de l'essence.
Dans nos différentes prises de position tribunes, mémorandums, courriers officiels, nous avons construit une démonstration juridique solide sur l'illégalité de cette Commission. Sa réponse ne démonte aucun de nos arguments. Pire : elle en confirme plusieurs et en révèle de nouveaux. Je vais vous expliquer précisément pourquoi, argument par argument.
Commençons par le premier point. Il affirme que le vote à main levée est conforme aux statuts de 2013, et que cette procédure a été appliquée en 2018 et en 2022. Que répondez-vous ?
Blanchard Paterne ANDOUME : C'est là que son interview devient révélatrice. Lisez attentivement ce qu'il a déclaré :
Le président de la Commission Électorale a déclaré : « Les statuts de 2013 prévoient que toutes les décisions nécessitant un vote sont prises à main levée et en bloc. Cette procédure est conforme à celle de 2018 et 2022. » Je relève trois aveux dans cette seule déclaration.
Premier aveu : en invoquant les statuts de 2013, il reconnaît implicitement que les statuts actuellement en vigueur ne permettent pas cette procédure. Sinon pourquoi préciser qu'on applique des statuts vieux de douze ans ? C'est une concession déguisée.
Deuxième aveu : il n'a cité aucun article précis des statuts 2013. Pas un numéro. Pas un alinéa. Une affirmation sans référence textuelle n'est pas un argument juridique. Dans mon interview, j'ai cité les articles 5, 10, 11, 12, 26 textuellement, alinéa par alinéa. Lui, rien.
Troisième aveu et c'est le plus grave, il reconnaît que 2018 et 2022 ont été organisées de la même façon. Si c'est vrai, cela signifie que la FEGAFOOT viole ses propres statuts depuis plusieurs mandats. Ce n'est pas une défense c'est une confession.
Mais justement il dit que les statuts 2013 autorisent le vote en bloc. N'est-ce pas une réponse valable ?
Blanchard Paterne ANDOUME : Non. Et voici pourquoi : il y a un article des statuts que le président de la Commission Électorale n'a jamais mentionné dans toute son interview. Pas une fois. Je vais le citer ici, Article 26 alinéa 2 des Statuts de la FEGAFOOT « Les élections se font à bulletin secret, y compris les élections de la Commission Électorale. »
Y compris les élections de la Commission Électorale. Ces six mots sont absolument déterminants. Le rédacteur des statuts a anticipé l'argument qu'on nous oppose aujourd'hui. Il a fermé la porte d'avance : même la Commission Électorale doit être élue au bulletin secret. Il n'y a aucune exception. Aucune.
Pourquoi le président de la Commission n'a-t-il pas cité cet article ? Parce qu'il ne peut pas y répondre. Il l'a esquivé. Mais un article statutaire qu'on esquive reste en vigueur et s'impose à tous.
Et j'ajoute ceci : le Code Électoral prévoit aux articles 10, 11 et 12 une procédure d'appel à candidatures, d'examen des dossiers, de vérification d'éligibilité. Cette procédure est structurellement incompatible avec un vote en bloc sur une liste présentée par le Bureau Exécutif. On ne peut pas voter en bloc pour des candidats qu'on n'a pas individuellement choisis d'élire. C'est la négation même du suffrage.
Sur la question du congrès tenu en juin 2025 hors du délai de mars il invoque un cas de force majeure : l'audit des comptes en cours et l'examen des statuts par la FIFA. C'est un argument solide, non ?
Blanchard Paterne ANDOUME : C'est l'argument le plus habile de son interview. C'est aussi celui qui révèle la contradiction la plus profonde de sa position. Il a déclaré ceci.
Le président de la Commission Électorale a déclaré « Les statuts prévoient en effet une date butoir, mais sont muets sur la survenance d'un cas de force majeure. C'est la FIFA elle-même qui avait retenu cette date du 25 juin 2025. L'existence de ce cas de force majeure, au demeurant très documenté, rend inopérante toute conclusion hâtive. »
Je vais lui retourner son propre raisonnement.
Premièrement : les statuts ne sont pas muets sur la force majeure. L'article 84 existe et dispose expressément que « le Comité Exécutif rend une décision définitive en cas de force majeure ». Il n'a pas cité cet article non plus. Deux articles essentiels passés sous silence dans la même interview ce n'est pas un oubli, c'est une stratégie.
Deuxièmement : la force majeure ne se proclame pas elle se prouve. Il dit que c'est « très documenté ». Parfait. Où est la lettre de la FIFA proposant la date du 25 juin ? Où est la décision formelle du Comité Exécutif actant la force majeure et la notifiant aux membres avant la tenue du congrès ? Sans ces pièces produites publiquement, c'est une affirmation. En droit, une affirmation ne vaut pas preuve.
Troisièmement et c'est décisif : un audit des comptes est une obligation périodique et prévisible. Ce n'est pas un événement imprévisible. La force majeure, en droit, suppose un événement extérieur, imprévisible et irrésistible. Un commissaire aux comptes qui travaille en mars, c'est le calendrier normal d'une fédération. Ce n'est pas la force majeure.
Quatrièmement : il y a une contradiction interne dans son raisonnement qu'il n'a pas vu. En reconnaissant que les statuts prévoient « une date butoir », il admet que le congrès de juin est hors délai. Sa seule porte de sortie est la force majeure mais cette force majeure, il n'en apporte aucune preuve documentée. L'édifice qu'il construit s'effondre sur ses propres fondations.
Mais si la FIFA a effectivement proposé cette date, cela ne couvre-t-il pas la FEGAFOOT ?
Blanchard Paterne ANDOUME : Non. Pour une raison simple : être informé par une instance internationale n'est pas la même chose qu'être couvert par elle.
La FIFA n'a pas compétence pour modifier les statuts internes de la FEGAFOOT ni pour proroger ses délais statutaires. Seul le Comité Exécutif agissant en vertu de l'article 84 pouvait formellement acter un report. Et cette décision devait être notifiée aux membres avant le congrès, pas invoquée après coup pour justifier une irrégularité.
Et puis j'observe ceci : si la FIFA avait formellement validé la régularité de ce processus, le président de la Commission Électorale aurait produit ce document dans son interview. Il ne l'a pas fait. On ne cite pas une pièce qu'on n'a pas.
Parlons maintenant de la Commission de Recours. Vous en avez parlé dans vos précédentes interventions mais lui n'en a pas dit un mot. Pourquoi ce silence ?
Blanchard Paterne ANDOUME :
Ce silence est, à lui seul, une démonstration. La Commission de Recours, c'est l'organe chargé d'examiner les recours des candidats les contestations contre les décisions d'éligibilité, les plaintes sur les résultats. C'est le tribunal électoral interne de la FEGAFOOT. Si cet organe est illégitime, c'est toute la garantie juridictionnelle du processus qui s'effondre.
Or le président de la Commission Électorale, dans toute son interview, n'a pas prononcé une seule fois les mots « Commission de Recours ». Pas une mention. Et pourtant, en fin d'interview, il annonce aux candidats écartés qu'ils peuvent saisir cette Commission. Comment peut-on recommander à des candidats de saisir un organe dont on ne dit rien sur la légitimité ?
Je vais donc dire ce que lui a refusé de dire.
Justement quelle est l'irrégularité qui affecte la Commission de Recours ?
Blanchard Paterne ANDOUME : Elle est triple. Et chacune de ces irrégularités suffit à elle seule à invalider cet organe. Première irrégularité la violation du principe de concomitance. L'article 13 du Code Électoral est sans ambiguïté : Article 13 du Code Électoral « La Commission de Recours est mise en place en même temps que la Commission Électorale, lors de l'assemblée générale ordinaire précédant l'assemblée générale élective. »
En même temps. Lors de la même assemblée. Celle qui précède directement le congrès électif. Or qu'a-t-on constaté ? La Commission de Recours a été installée lors du 62ème congrès ordinaire, le 3 mars 2024 soit deux ans avant le congrès électif d'avril 2026. La Commission Électorale, elle, a été installée en juin 2025. Ces deux organes n'ont jamais été constitués simultanément. Le principe de concomitance a été violé de façon caractérisée.
Deuxième irrégularité le même mode opératoire illégal. J'ai analysé le procès-verbal du 62ème congrès du 3 mars 2024. Comme pour le 63ème congrès, ce PV ne contient aucune trace d'une élection réelle. Pas de candidatures déposées. Pas de critères d'éligibilité appliqués. Pas de nombre de votants. Pas de suffrages exprimés. Pas de bulletins blancs ou nuls. Pas de résultats nominatifs. À la place : une présentation par le Bureau Exécutif et un vote à main levée. C'est exactement le même schéma que pour la Commission Électorale. Deux organes. Deux congrès différents. Une seule méthode : la désignation déguisée en élection.
Troisième irrégularité l'absence de mandat valide. Même en accordant à la Commission de Recours le bénéfice du doute sur sa constitution initiale de 2024, son mandat aurait dû être renouvelé simultanément à la Commission Électorale lors du congrès précédant le congrès électif conformément à l'article 13. Ce renouvellement n'a pas eu lieu dans les formes requises. Elle opère donc aujourd'hui sans mandat valide.
Concrètement, qu'est-ce que cela signifie pour les candidats écartés qui voudraient saisir cette Commission de Recours ?
Blanchard Paterne ANDOUME : Cela signifie qu'ils se retrouvent face à un piège procédural que le président de la Commission Électorale a lui-même tendu sans le voir. D'un côté, il leur dit : vous avez été écartés, saisissez la Commission de Recours. De l'autre, cette Commission de Recours est elle-même illégalement constituée. Donc :
Si les candidats saisissent la Commission de Recours, ils reconnaissent implicitement sa légitimité et valident un organe qu'ils sont en droit de contester. S'ils refusent de la saisir, on les accuse de ne pas avoir épuisé les voies de recours internes.
C'est un cercle vicieux délibérément entretenu. Il n'existe aucune voie de recours crédible au sein d'un dispositif électoral dont les deux organes sont simultanément illégitimes. C'est précisément pourquoi nous demandons la dissolution des deux.
En résumé vous dites que cette interview du président de la Commission Électorale vous a en réalité donné raison. Comment l'expliquez-vous ?
Blanchard Paterne ANDOUME : Oui. Et je vais l'expliquer simplement. Dans cette interview, le président de la Commission Électorale a confirmé cinq éléments essentiels que nous avions établis : 1. Il a confirmé que le vote s'est fait à main levée c'est-à-dire en violation de l'article 26 alinéa 2 des Statuts qu'il n'a pas cité.
2. Il a confirmé que le congrès de juin 2025 était hors du délai statutaire du 31 mars en reconnaissant lui-même l'existence d'une « date butoir ». 3. Il n'a produit aucun document prouvant la force majeure qu'il invoque pas de lettre FIFA, pas de décision formelle du Comité Exécutif.
4. Il n'a cité aucun élément du procès-verbal prouvant qu'une élection réelle a eu lieu — aucun chiffre, aucun résultat nominatif, aucun décompte de bulletins. 5. Il n'a pas dit un seul mot sur la Commission de Recours dont l'illégitimité est pourtant aussi documentée que celle de sa propre commission. Un avocat qui défend son client et reconnaît les cinq points essentiels du dossier adverse n'a pas défendu son client. Il l'a enfoncé.
Quelle est donc votre conclusion sur la suite du processus ?
Blanchard Paterne ANDOUME : Ma conclusion est claire, et elle découle logiquement de tout ce que nous venons d'établir. Nous sommes en présence d'un dispositif électoral doublement vicié : la Commission Électorale est illégale dans sa constitution, et la Commission de Recours l'est tout autant. L'organe qui organise l'élection est illégitime. L'organe qui doit en garantir la régularité est illégitime. Il n'existe aucun filet de sécurité juridictionnel crédible.
Dans ces conditions, l'élection du 18 avril ne peut pas se tenir. Non pas parce que nous le voulons mais parce que les textes l'interdisent. Une élection organisée dans ces conditions sera contestable devant toute instance nationale, CAF, FIFA et le bureau fédéral qui en sera issu sera fragilisé dès le premier jour.
Ce que nous demandons est simple et ne relève pas de l'obstruction : dissoudre les deux commissions, suspendre le processus électoral, et repartir sur des bases légales incontestables une Commission Électorale et une Commission de Recours véritablement élues, au bulletin secret, lors d'un congrès tenu dans le délai statutaire, avec des procès-verbaux qui retracent chaque étape du scrutin. C'est ce qu'on appelle, dans notre sport, jouer selon les règles. Le football gabonais le mérite. Ses membres le méritent.
En voulant défendre sa commission, le président de la Commission Électorale a involontairement confirmé les deux irrégularités fondamentales que nous dénonçons : le vote à main levée en violation de l'article 26 alinéa 2, et le congrès tenu hors délai sans force majeure prouvée. Il n'a cité aucun article, produit aucun document, et gardé un silence total sur la Commission de Recours. Cette interview n'est pas une défense — c'est un acte de dissolution involontaire.

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