Fégafoot-Élection du 18 avril: Interview exclusive avec Blanchard Andoume.

Dans un contexte de fortes tensions au sein du football gabonais, à l’approche de l’élection fédérale prévue le 18 avril à Mouila, les prises de position se radicalisent. Dans un entretien sans détour accordé à Publi-Sports ce mercredi 25 mars, l’essayiste et dirigeant de football Blanchard Paterne Andoume sort de sa réserve et livre une analyse implacable des fondements juridiques du processus électoral en cours. Au cœur de ses critiques. La légalité contestée des statuts adoptés en 2025 et leurs implications directes sur la crédibilité de l’échéance à venir. 

Propos recueillis par Fabrice Guitrie.

Selon lui « Ces statuts sont nuls. Le processus doit

recommencer. ». Blanchard Paterne ANDOUME, essayiste, ancien membre du bureau de la Fégafoot et dirigeant de club, revient sur les conditions illégales dans lesquelles les statuts de la Fégafoot ont été adoptés lors du Congrès du 29 juin 2025, et sur les conséquences que cela entraîne pour le processus électoral du 18 avril 2026.

Le football gabonais traverse en ce moment une période de forte tension institutionnelle. La Fégafoot est critiquée de toutes parts pour les conditions dans lesquelles elle a constitué sa Commission Électorale, chargée d’organiser l’élection du bureau fédéral prévu le 18 avril 2026.

Publi-Sports: Pouvez-vous nous rappeler ce qui est reproché ?

Blanchard Panterne Andoume: Ce qui est reproché est fondamental. Les statuts de la Fégafoot aussi bien ceux de 2013, agréés par la FIFA, que ceux de 2025, sont unanimes sur un point; les membres de la Commission Électorale doivent être élus par le Congrès, selon une procédure précise comportant un appel à candidatures, une liste transmise aux membres, et un vote souverain des délégués.

Or cette Commission n’a jamais été élue. Elle a été désignée par ceux-là mêmes qu’elle est censée contrôler. Ce n’est pas une nuance de forme. Un organe désigné par ceux qu’il supervise ne présente aucune garantie d’indépendance. Et quand on lui reproche cette irrégularité, le bureau exécutif de la Fégafoot répond qu’il s’appuie sur la souveraineté dub Congrès. C’est un argument qui ne tient pas le Congrès est souverain dans le cadre des statuts, pas au-dessus d’eux. 

Mais voilà que dans son courrier du 22 mars 2026, la Fégafoot a cru corriger le tir en affirmant que la Commission Électorale avait finalement été élue lors d’un Congrès ordinaire tenu le 29 juin 2025. Et c’est là que les choses deviennent véritablement accablantes.

Publi-Sports: Selon vous en quoi cette réponse de la Fégafoot aggrave-t-elle la situation plutôt qu’elle ne la règle ?

BPA: Parce qu’en révélant les conditions du Congrès du 29 juin 2025, la Fégafoot a ouvert une boîte dont elle n’a pas mesuré les conséquences. En prétendant répondre à un grief, elle en a exposé de nouveaux, plus graves encore. Et c’est sur ce Congrès du 29 juin 2025 sur sa légalité, sur les conditions dans lesquelles il s’est tenu, et sur la procédure d’adoption des statuts qui s’y sont déroulées que je souhaite attirer l’attention aujourd’hui.

Publi-Sports: Justement, parlons de ce Congrès du 29 juin 2025. Était-il seulement régulièrement convoqué ?

BPA: Non. Et c’est le premier problème, le plus simple à comprendre. L’article 27 des Statuts de 2013 dispose que le Congrès ordinaire se tient une fois par an, au plus tard fin mars. C’est une règle de calendrier impérative. Un Congrès ordinaire tenu le 29 juin 2025, c’est un Congrès tenu trois mois après l’échéance statutaire. Il est hors délai. Et un Congrès hors délai n’est pas régulier.

Imaginez que vous organisez une assemblée générale d’une association dont les statuts imposent qu’elle se tienne avant le 31 mars et que vous la tenez le 29 juin. 

Publi-Sports: Les décisions

prises lors de cette assemblée peuvent-elles être tenues pour valables ?

BPA: Non. C’est exactement la même logique ici. La Fégafoot pourrait répondre que personne n’a contesté la convocation à l’époque… C’est un argument de façade. Le délai statutaire n’est pas une formalité que l’on peut ignorer faute d’opposant au moment des faits. Il conditionne la validité même de l’assemblée. Il n’appartient pas à ceux qui ont convoqué le Congrès hors délai de se prévaloir de l’absence de contestation pour en valider rétroactivement les actes. Le droit ne fonctionne pas ainsi.

Publi-Sports: Mais lors de ce Congrès, la Fédération affirme que la Commission Électorale a été élue. Et vous contestez également les modalités de ce vote. Pourquoi ?

BPA: Parce que ce vote s’est fait à main levée alors que l’article 26 des Statuts de 2013 impose sans ambiguïté le bulletin secret pour toute élection au sein du Congrès. Ce n’est pas un détail de procédure. Le bulletin secret est une garantie fondamentale: il permet à chaque membre de voter librement, sans craindre le regard des dirigeants en place, sans pression, sans influence.

Quand on vote à main levée dans une salle où les responsables fédéraux sont assis en face de vous, peut-on vraiment parler de vote libre ? La réponse est non. Le bulletin secret existe précisément pour protéger les membres de ce type de situation.

En y renonçant, la Fégafoot a violé une règle essentielle de démocratie interne. Et cette violation suffit, à elle seule, à invalider l’élection de la Commission Électorale indépendamment de tous les autres vices.

Publi-Sports: Venons-en maintenant à la validité des statuts eux-mêmes. La Fégafoot affirme les avoir adopté lors de ce même Congrès. Qu’est-ce qui pose problème dans cette adoption ?

BPA: Volontiers. L’article 28 alinéa 2 point a) tiret m) des Statuts de 2013 organise la modification des statuts selon un processus en deux temps obligatoires. Ce n’est pas une option, c’est une procédure impérative. Voici comment ça fonctionne, lors d’un premier Congrès ordinaire, les membres votent une

proposition de modification des statuts. Ce vote dit simplement « nous souhaitons modifier les statuts sur tels points ». Ce n’est qu’ensuite, lors d’un Congrès ordinaire ultérieur, que les nouveaux statuts peuvent être définitivement adoptés.

Pourquoi cette procédure en deux temps ? Parce qu’elle donne à tous les membres le temps de lire, de discuter, de débattre des modifications proposées avant de les voter définitivement. C’est une garantie de réflexion collective.

Et selon vous la Fégafoot n’a pas respecté ce processus ?

BPA: Selon ses propres déclarations, lors du Congrès ordinaire du 29 juin 2025, les membres ont directement entériné les nouveaux statuts en un seul acte, en un seul Congrès. Il n’y a pas eu de Congrès précédent ayant voté une proposition de modification. En tout cas, aucune preuve n’en a été apportée.

Pour que cette adoption soit régulière, il faudrait que la FÉGAFOOT produise le procès verbal d’un Congrès ordinaire antérieur au 29 juin 2025 lors duquel une proposition formelle de modification des statuts aurait été votée. À ce jour, rien de tel n’a été produit.

Publi-Sports: Que dit la Fégafoot pour se justifier ?

BPA: Elle affirme, dans son courrier du 22 mars 2026, que tout s’est passé régulièrement. Mais cette affirmation n’est pas prouvé. Elle n’a produit aucun procès-verbal du Congrès du 29 juin 2025. Aucun document officiel. Aucune feuille de présence. Aucun résultat de vote. Dans le droit des organisations sportives comme en droit commun, c’est à celui qui invoque la régularité d’un acte de l’établir. La Fédération ne l’a pas fait.

Publi-Sports: Si l’on cumule ces trois irrégularités, quelle est la conséquence juridique ?

BPA: La conséquence est simple, et elle est sévère: ces statuts sont nuls et inopérants. Ils ne peuvent pas servir de base à un processus électoral. Ils ne peuvent pas servir de base à la constitution d’une Commission Électorale. Et l’élection du 18 avril 2026, qui s’appuie sur ces statuts et sur cette Commission Électorale, est elle-même frappée de nullité. Ce n’est pas une opinion politique. C’est une conséquence juridique directe des irrégularités que les textes eux-mêmes établissent.

Publi-Sports: Si les statuts de 2025 sont nuls, quels statuts s’appliquent alors ?

BPA: C’est là une conséquence que la Fégafoot semble avoir soigneusement évitée d’évoquer, et pour cause. Si les statuts de 2025 sont nuls et inopérants ce que les irrégularités que nous venons de détailler établissent alors le droit applicable redevient automatiquement les statuts de 2013, ceux agréés par la FIFA et dont personne ne conteste la légalité. Il n’ya pas de vide juridique. Il y a un retour à l’état du droit antérieur. Et ce retour emporte des conséquences considérables que certains dirigeants ont vraisemblablement voulu éviter lorsqu’ils ont bâti les statuts de 2025.

Publi-Sports: Quelles conséquences concrètes cela entraînent ?

BPA: Les conséquences sont nombreuses, mais je veux en souligner deux qui me semblent particulièrement révélatrices des intentions réelles derrière cette modification statutaire précipitée. La première concerne les parrainages. Les statuts de 2025 ont introduit une condition de parrainage pour les candidatures aux postes de dirigeants. 

À première vue, cela peut sembler anodin. Mais regardez de près: un système de parrainage dans une fédération où le bureau sortant contrôle les ligues, les clubs affiliés et les structures qui constituent le collège électoral, c’est un mécanisme de filtrage déguisé. Ceux qui ne bénéficient pas de la bienveillance du bureau en place ne peuvent tout simplement pas obtenir les parrainages nécessaires. C’est volontaire, c’est insidieux, et c’est précisément conçu pour freiner la concurrence et décourager les candidatures indépendantes. 

Si les statuts de 2025 tombent, cette condition de parrainage tombe avec eux. Elle n’a jamais existé sous les statuts de 2013. La seconde concerne la composition du collège électoral. Les statuts de 2025 ont modifié les règles qui déterminent qui votent et comment. Or, modifier le collège électoral à moins d’un an d’un scrutin, c’est une manipulation du corps électoral au profit de ceux qui maîtrisent le processus d’affiliation. Si ces statuts sont nuls, c’est le collège électoral tel que défini par les statuts de 2013 qui s’applique avec ses propres règles, qui n’ont pas été façonnées par les dirigeants en place à la veille de leur propre réélection.

Publi-Sports: C’est-à-dire que ces modifications des statuts de 2025 n’étaient pas de simples mises à jour techniques ?

Blanchard Panterne Andoume: Absolument pas. Et c’est ce qui rend cette affaire si grave. Quand on modifie les statuts d’une fédération à moins d’un an d’un scrutin, hors délai, sans respecter la procédure en deux Congrès, par un vote sans procès-verbal et que ces modifications introduisent précisément des conditions de parrainage et une modification du collège électoral qui avantagent les sortant on ne peut plus parler d’une simple mise à jour technique. 

On parle d’une ingénierie électorale, délibérément conçue pour orienter le résultat avant même que le premier vote soit exprimé. La nullité de ces statuts n’est donc pas seulement un constat juridique. C’est la mise à nu d’une manœuvre.

Publi-Sports: Que faut-il faire alors ? Peut-on sauver le processus électoral ?

Blanchard Panterne Andoume: Non, pas dans l’état actuel. Le processus doit recommencer depuis le début, et ce recommencement ne peut se faire que dans les conditions prévues par les statuts. Cela implique; un Congrès ordinaire convoqué dans les délais statutaires c’est-à-dire avant fin mars lors duquel une proposition de modification des statuts serait votée si des modifications sont souhaitées. Ce n’est qu’ensuite, lors d’un Congrès ultérieur, que les nouveaux statuts pourraient être définitivement adoptés par vote. 

Et ensuite seulement, la constitution régulière d’une Commission Électorale élue par le Congrès, par bulletin secret comme l’exige l’article 26. C’est long. C’est rigoureux. Mais c’est ce que les statuts imposent. Et c’est ce que la légitimité du football gabonais exige.

Publi-Sports: Nous vous laissons l conclusion.

Blanchard Panterne Andoume: Oui, et il est important. J’ai été membre du bureau de la Fégafoot. J’ai dirigé des clubs. J’aime ce football et je veux lui voir avec un avenir digne. C’est précisément pourquoi je ne peux pas me taire face à ce que je vois

Regardez l’ensemble de ce que nous venons de parcourir. Un Congrès tenu hors délai. Une Commission Électorale élue à main levée au lieu du bulletin secret. Des statuts adoptés sans respecter la procédure en deux Congrès. Aucun procès-verbal produit. Des parrainages introduits pour filtrer les candidatures. Un collège électoral reconfiguré au profit des sortants. Chacune de ces irrégularités, prise isolément, suffirait à fragiliser un processus électoral. Cumulées, elles ne le fragilisent plus elles l’abattent.

Et ce n’est pas seulement une question de droit interne gabonais. C’est une question de conformité aux principes cardinaux de la FIFA que toute association membre est tenue de respecter. Ces principes sont au nombre de trois, et ils sont tous les trois foulés aux pieds. Le principe de conformité d’abord, les statuts agréés par la FIFA ne sont pas respectés ni dans leur procédure d’adoption, ni dans leur contenu, ni dans les délais qu’ils imposent.

Sept dispositions concordantes sont violées. Le principe de neutralité ensuite des statuts modifiés à moins d’un an d’un scrutin par ceux qui en bénéficient, avec des parrainages et un collège électoral reconfigurer à leur avantage c’est la négation même de la neutralité. Le principe d’indépendance enfin : une Commission Électorale désignée et non élue par le bureau qu’elle est censée contrôler, et dont l’élection, quand bien même elle aurait eu lieu, s’est faite à main levée sous le regard des dirigeants en place. Il n’y a aucune indépendance réelle ici.

Or la FIFA a déjà tiré les conséquences de cette situation au Gabon. En 2013, dans cette même fédération, pour des raisons similaires, elle a imposé un Comité de Normalisation. Ce précédent n’est pas une anecdote historique. C’est une jurisprudence. Et si la Fégafoot persiste dans cette voie, si elle maintient ce processus électoral viciée à tous les étages, alors cette normalisation n’est pas une hypothèse d’école. C’est une issue probable, documentée, et que la Fégafoot aura elle-même provoquée.

Au terme de cet entretien dense et argumenté, Blanchard Paterne Andoume dresse un constat sans appel, le processus électoral engagé repose, selon lui, sur des bases juridiquement fragiles, voire nulles. Entre dénonciation des irrégularités statutaires et mise en garde contre une crise institutionnelle plus profonde, l’ancien dirigeant appelle à un retour strict au respect des textes et des principes de gouvernance. Une alerte forte, qui résonne comme un ultime avertissement à quelques semaines d’un scrutin dont la légitimité est désormais au cœur des débats.

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