Gabon-Élection Fégafoot: Interview du président de la Commission électorale

 Alors que de vives contestations constituent autour du processus électoral à la Fégafoot, le président de la Commission électorale sort de sa réserve et répond point par point aux accusations d’illégitimité, d’irrégularités juridiques et de partialité. Entre rappels statutaires, mise au point sur le rôle de l’État et fermeté sur les règles de candidature, il défend la régularité d’un processus qu’il assure conforme aux textes en vigueur. 

Propos recueillis par Fabrice Guitrie.

Monsieur le président, la Commission électorale que vous dirigez a été mis en place lors du dernier congrès de la Fégafoot en juin 2025. Certains Gabonais disent que la Commission est illégitime dans la mesure où vous n'avez pas été élue. Que répondez-vous? 

Jean Luc NDONGO: Bonjour et Merci pour l'opportunité que vous offrez à la Commission électorale d'éviter une intoxication de l'opinion publique par certains acteurs. Vous devez savoir que les mêmes récriminations deviennent incessantes à chaque élection du bureau exécutif et une fois de plus l'expéditeur va se dévoiler. 

La Commission électorale a été mise en place conformément aux statuts de 2013 et non pas ceux de 2025. Lesdits statuts prévoient que c'est le Comité Exécutif qui procède à la sélection des candidats à la Commission électorale et met cette liste à la disposition du Secrétaire général qui à son tour la transmet aux  délégués qui procèdent au vote de la liste. 

Certains acteurs mal intentionnés affirment qu'il n'y a pas eu vote au motif que celui ci s'est fait à main levée. Nous tenons à rappeler que cette procédure est conforme à celle de 2018 et 2022. Les statuts de 2013 prévoient que toutes les décisions nécessitant un vote sont prises à main levée et en bloc. Cette procédure a été également respectée. Il suffit de prendre connaissance du procès-verbal de l'assemblée générale pour s'en convaincre.

Nous lisons également que certains soutiennent que le Congrès ne s'étant pas tenu en mars, les décisions issues du Congrès de juin seraient illégitimes. 

Cette lecture résulte d'une paresse intellectuelle. Les statuts prévoient en effet une date butoir, mais sont muets sur la survenance d'un cas de force majeure. En effet, en mars 2025, le Commissaire aux comptes procédant à l'audit des comptes de la Fédération, cette dernière ne pouvait pas convoquer l'assemblée générale car le rapport et le bilan financier qui sont élaborés par ce dernier doivent être présentés au cours du Congrès pour approbation.

De plus, le projet des nouveaux statuts étant en examen à la FIFA pour avis, c'est la même FIFA qui a proposé cette date, le temps qu'elle finisse cette analyse. C'est la FIFA elle-même qui avait retenue cette date du 25 juin 2025 après discussion avec le Comité Exécutif. L'existence de ce cas de force majeure, au demeurant très documenté rend inopérante toute conclusion hâtive et fallacieuse. 

Monsieur le président, on reproche également à la Commission d'organiser des élections avec un collège électoral soit disant illégal car n'ayant pas une documentation légale (agrément technique).

Pour qu'une association où fédéral puisse organiser une sélection, lequel de ces deux documents est primordial: le récépissé du ministère de l'intérieur ou l'agrément technique délivré par le ministère des Sports ?

Jean Luc NDONGO: La question que vous soulevez sur la régularité de la participation des membres au regard de leur situation juridique est pertinente, mais ne résiste pas aux faits et à la rigueur des textes.

 S'agissant de la conformité juridique, il serait déjà honnête de préciser quels types de documents juridiques font défaut aux membres et à la Fégafoot elle-même. J'ai cru comprendre qu'il s'agissait de l'absence d'agréments techniques délivrés par le Ministère des sports. 

Je n'ai aucun doute sur le fait que la Fédération et ses membres disposent de récépissés définitifs délivrés par le Ministère de l'intérieur et qui leurs permettent d'exercer leurs activités depuis plusieurs décennies. Mieux, la Fégafoot est une association reconnue d'utilité publique ( ARUP) par l'État depuis de nombreuses décennies. Elle est reconnue d'utilité publique par décision n° 810/MI/AG du 8 janvier 1965.

L'agrément technique serait donc le seul document absent du dossier juridique des associations, sauf indication contraire. Par ailleurs, l'agrément technique se renouvelle tous les 4 ans et c'est à juste titre que le Ministère technique exige de ses associations qu'elles se conforment à la législation. 

Déférant à cette injonction, la Fégafoot elle-même a introduit un dossier dans ce sens au Ministère des sports depuis plusieurs semaines d'après les informations qui me parviennent. Je ne doute pas un seul instant que les ligues et les Clubs aient emboîté le pas. 

Président qu'est-ce qu'un agrément ? 

Jean Luc NDONGO: Un agrément est considéré comme une autorisation administrative d'exercer certaines activités réglementées, délivré par une autorité publique. Il atteste qu'une personne morale ou un organisme remplit les conditions techniques et réglementaires nécessaires pour opérer dans un domaine spécifique. Ici en l'occurrence le football!

 Il s'agit d'un accord donné par une autorité (ministère, préfecture, mairie, etc.). Bien que souvent synonyme, l'agrément se distingue parfois d'une simple autorisation par son caractère de reconnaissance officielle d'une compétence ou d'un engagement particulier (habilitation).

Celà dit, l'agrément donne à la Fédération Gabonaise de Football et à ses membres le droit d'exercer leurs activités. 

Pour être plus clair président, de quelles activités s'agit-il? 

Jean Luc NDONGO: S'agit-il des activités extérieures relevant de leur raison d'être (organisation des championnats et des coupes de football), formation des arbitres, etc)? 

S'agit-il de l'organisation des activités internes ( Réunions, Colloques, Assemblée Générale élective en vue du renouvellement de ses dirigeants, participation aux réunions internationales de la CAF ou de la FIFA)?

Pour notre part, l'habilitation porte sur les activités liées à sa raison d'être, notamment l'organisation des compétitions et non pas toutes les activités notamment liées aux actes d'administration et de gouvernance. Comme il est permis de se tromper et si par extraordinaire, il faut interdire toutes les activités, le Gouvernement devrait débuter par la suspension de l'ensemble des championnats qui rentrent dans le périmètre de la Fégafoot et de ses membres. Voici le début de la logique! Or précisément, les championnats se jouent ! 

Mieux dans le cadre du choix du sélectionneur national, le Gouvernement  collabore avec la Fégafoot. La même Fégafoot intervient dans le règlement des litiges au sein des clubs. Plusieurs clubs ont reçu des financements de l'Etat dans le cadre de l'organisation du championnat de football de première division. Peut on imaginer un seul instant le Gouvernement financer des associations sans papiers ? 

Nous venons là de démontrer que le Gouvernement reconnaît ces entités avec qui il collabore dans le cadre d'une activité d'intérêt public. 

S'agissant du processus électoral, nous disons que c'est une activité interne à la Fégafoot et qui ne concerne qu'elle et ses membres en vertu du principe de libre administration. Le Gouvernement peut interdire à ces derniers d'organiser le football, mais pas  empêcher ces derniers d'organiser leurs Assemblée Générales, ou de renouveler leurs organes internes. D'ailleurs, ces derniers ont organisé leurs Assemblées Générales sans aucune objection du Gouvernement. 

S'agissant de la participation des ligues et des clubs au Congrès, les conditionnalités sont celles prévues par les Statuts de la Fégafoot. La Commission électorale est chargée de vérifier si les membres remplissent lesdites conditions et élabore, au terme de cette vérification,  la liste des délégués. 

En définitive, il n'y aucun lien entre l'absence d'agréments techniques et la convocation des membres au Congrès Électif. De même il n'existe aucune base juridique sur laquelle s'apuyerait la Commission électorale ou encore le Gouvernement pour écarter les associations concernées sans verser dans l'arbitraire et l'ingérence de tiers.

Pierre Alain MOUNGUENGUI est l'unique candidat. Quelles sont vos impressions ? Et qu'elle est la situation des 3 autres candidats

Jean Luc NDONGO: La réponse à votre question se trouve dans l'économie du procès-verbal sanctionnant la session de la commission électorale consacrée à l'examen de la recevabilité des candidatures.

En effet, la Fégafoot a fixé les règles à travers ses statuts et son code électoral, la commission électorale s'assure de leur stricte application. Les statuts et le code électoral qui sont les 2 seuls textes applicables pour cette élection, fixent les modalités de constitution des dossiers de candidature et les critères d'éligibilité pour y participer. Tous les prétendants ont été informés.

S'agissant de la composition des dossiers, ils doivent, entre autres, comporter les éléments suivants : la liste des colistiers, la demande manuscrite, les pièces d'identité des candidats, leurs curriculum vitæ sportifs, la caution d'un million de FCFA, la preuve du parrainage par au moins 7 membres de la Fégafoot et obtenir le quitus d'habilitation de la Commission d'éthique.

Quant aux critères, il s'agit essentiellement de ceux liés à l'âge, à la nationalité et l'appartenance à un membre direct ou indirect de la Fégafoot. Il ressort de l'examen des quatre dossiers à nous soumis, qu'un seul comportait l'ensemble des pièces requises et l'ensemble de la liste remplissait les critères d'éligibilité exigés. Il s'agit de la liste conduite par Monsieur Pierre Alain MOUNGUENGUI.

Quant aux trois autres candidats, de nombreux manquements ont été relevés dans leurs dossiers de candidature, notamment pour l'un d'entre eux, l'absence de colistiers (seul son nom figurait sur la liste), et pour tous, l'absence ou l'insuffisance de parrainage (1/7 pour l'un d'entre eux et aucun pour les 2 autres); le non-versement de la caution et l'absence de quitus d'habilitation de la Commission d'éthique. Il convient de préciser sur ce point que le rapport de la Commission d'éthique élaboré à cet effet, relève que les candidats Gabin NZOGO MINTSA, Darneau ESSIA NDONG et Axel Gydex NGUEMA EDOU ont catégoriquement refusé de se soumettre à l'enquête d'habilitation devant la Commission d'Ethique pourtant prescrite par les statuts et le code électoral.

Conformément aux dispositions électorales en vigueur, la Commission Électorale a saisi par écrit les candidats défaillants, leur impartissant un délai de 3 jours pour compléter leurs dossiers. Aux termes desdits délais, aucun élément nouveau n'a été versé aux dossiers. La Commission Électorale a pris acte et a statué en conséquence.

La Commission Électorale rappelle donc qu'une seule candidature reste à ce jour retenue, sous réserve d'éventuels recours que pourraient introduire, auprès des instances habilitées, en l'occurrence la Commission des Recours,les candidats dont les dossiers ont été rejetés, telles que prévu par les dispositions du code électoral.

Président est-ce que vous pouvez confirmer qu'il y aura bien élection le 18 avril ?

Jean Luc NDONGO: Seule la commission électorale est maître de ce processus sous la supervision de la FIFA et de la CAF qui sont régulièrement informés du déroulement de ce processus à chaque étape.

 Comme ceux avant, celui-ci ira à son terme. Aucun dirigeant n'arrivera à la tête de la Fégafoot sans se soumettre au suffrage universel consacré par les statuts et les règlements de la Fédération. Le Congrès aura lieu et se tiendra le 18 avril à Mouila !

Au terme de cet entretien, la Commission électorale campe sur ses positions et réaffirme sa détermination à conduire le processus jusqu’à son aboutissement. Sauf rebondissement juridique, le rendez-vous du 18 avril à Mouila devrait consacrer, dans les urnes, une élection que ses organisateurs présentent comme irréprochable malgré les polémiques persistantes.

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