INTERVIEW-Blanchard Paterne Andoume Dirigeant de football Observateur de la gouvernance sportive.

Dans un contexte marqué par des interrogations croissantes autour du processus électoral de la FEGAFOOT, Blanchard Paterne Andoume livre son analyse sur la régularité des instances en place et les enjeux de gouvernance qui en découlent. Regard critique et argumenté, il revient sur les fondements juridiques, les pratiques observées et les recours envisageables. 

Fabrice Guitrie: Blanchard Paterne Andoume, vous affirmez que le processus électoral de la FEGAFOOT est compromis. Pour quelles raisons ?

Blanchard Paterne Andoume: La commission électorale actuellement en place est irrégulièrement constituée. Les statuts de la FEGAFOOT exigent qu’elle soit élue par le Congrès, et non désignée par le bureau fédéral. En contournant cette règle, on viole la norme suprême de la fédération. Lorsqu’un organe chargé de garantir la transparence du scrutin est lui-même illégal, c’est tout le processus électoral qui devient fragile.

Fabrice Guitrie: La FEGAFOOT affirme que le Congrès est souverain et peut valider les membres proposés lors du congrès ordinaire. Quelle est votre lecture de cette position ?

Blanchard Paterne Andoume: Le Congrès est souverain, mais sa souveraineté est encadrée par les statuts. Il ne peut pas s’en affranchir. La souveraineté ne permet pas de violer une règle statutaire. Pour contourner une disposition, il faut réviser les statuts. La règle selon laquelle la commission électorale doit être élue existait déjà dans les statuts de 2013 et elle a été renforcée dans ceux de 2025. Dire que le Congrès peut valider une commission désignée est donc juridiquement faux. La souveraineté ne peut jamais servir à contourner la Constitution interne de la fédération.

Fabrice Guitrie: Disposez-vous d'éléments concrets permettant de mettre en doute l'indépendance de la commission électorale ?

Blanchard Paterne Andoume: Oui. Le Dr Axel Edou, candidat déclaré, a saisi la commission électorale pour une série de préoccupations légitimes. Comme on pouvait s’y attendre, la commission a botté en touche, sans répondre sur le fond. Elle agit comme la Tour de Pise : elle penche clairement d’un côté. Cela démontre qu’elle n’est ni neutre ni indépendante et qu’elle ne peut pas garantir un processus électoral crédible.

Fabrice Guitrie: Dans un tel contexte, les recours internes constituent-ils une option ?

Blanchard Paterne Andoume: Non, ce serait une perte de temps. Introduire des recours auprès du bureau fédéral, de la commission électorale elle-même ou même de la commission d’éthique ne servira à rien, car ces organes sont liés à ceux qui ont créé l’irrégularité. On ne peut pas demander à un système de s’auto-corriger lorsqu’il est lui-même la source du problème. Il est de la responsabilité des candidats déclarés et des membres du Congrès de saisir la FIFA. Ils sont les garants de la légalité du processus. S’ils laissent passer une irrégularité aussi grave, ils deviennent complices malgré eux. Au regard de la gravité de la situation, il faut aller directement à la FIFA.

Fabrice Guitrie: Que prévoit la FIFA, en matière de processus électoral et de respect des statuts ?

Blanchard Paterne Andoume: La FIFA exige le respect strict des statuts et l’indépendance des organes électoraux. Dès qu’un organe est constitué en violation des statuts, la FIFA considère que l’intégrité du processus électoral est menacée et elle intervient pour restaurer la légalité.

Fabrice Guitrie: Quelles mesures préconisez-vous pour sortir de cette situation ?

Blanchard Paterne Andoume: Je recommande une saisine immédiate de la FIFA. Les organes internes de la FEGAFOOT sont directement concernés par l’irrégularité et ne peuvent pas être juges et parties. La FIFA peut suspendre le processus électoral, exiger la reconstitution régulière de la commission, envoyer une mission FIFA–CAF ou, en cas de blocage, mettre en place un comité de normalisation. C’est la seule voie pour restaurer la confiance et la conformité.

Fabrice Guitrie : À quelle instance précisément une saisine doit-elle être adressée ?

Blanchard Paterne Andoume: Le courrier doit être adressé au Département des Associations Membres de la FIFA, à l’attention de Monsieur Kenny Jean-Marie, Directeur de la Division Associations Membres, FIFA, Zurich, Suisse. C’est l’organe compétent pour traiter les crises électorales et les violations statutaires.

Fabrice Guitrie: Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs du football gabonais ?

Blanchard Paterne Andoume: Le football gabonais mérite un processus électoral transparent, crédible et conforme aux règles. La souveraineté du Congrès ne peut jamais être utilisée pour contourner les statuts. Et lorsqu’une violation aussi grave survient, il est de notre responsabilité, candidats, membres du Congrès et dirigeants, de saisir la FIFA pour protéger l’intégrité du jeu et la légitimité de nos institutions.

Blanchard Paterne Andoume merci.

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