Vie associative et sport au Gabon: la lenteur administrative, un mal persistant de la Ve République
Par/Fabrice Guitrie
L'affaire de l'agrément technique soulevée par nos confrères de Gabonsportactu mérite un regard profond. L’espoir d’un renouveau dans la gestion du sport et de la vie associative au Gabon semble aujourd’hui se heurter à une réalité bien connue des acteurs du secteur, la lenteur administrative. Pourtant, à son arrivée à la tête du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, Paul Ulrich Kessany Zategwa avait imprimé une dynamique nouvelle, marquée par une volonté affichée de restaurer l’ordre et la rigueur dans un domaine longtemps décrié.
Dès les premières semaines, l’initiative d’organiser des rencontres avec les structures sous tutelle avait été largement saluée. Elle traduisait une ambition claire, assainir un environnement institutionnel fragilisé et aligner les pratiques sur les exigences de la Ve République. Dans cette logique, la régularisation administrative des fédérations et associations sportives s’est rapidement imposée comme un chantier prioritaire.
C’est dans ce cadre que la Direction générale des Sports a lancé, du 18 février au 3 mars 2026, une vaste opération de recensement à l’échelle nationale. L’objectif était double, dresser un état des lieux précis du tissu associatif et contraindre les structures à se conformer aux exigences légales en vigueur. Une démarche structurante, censée poser les bases d’une gouvernance plus transparente et plus efficace.
Sur le terrain, les acteurs ont répondu présents. Plusieurs fédérations, dont la Fédération gabonaise de football, ont scrupuleusement respecté les consignes ministérielles en déposant l’ensemble des documents requis. Récépissés du ministère de l’Intérieur, dossiers administratifs complets, accusés de réception validés. Tout indique que les structures concernées ont joué leur rôle avec diligence.
Mais depuis la clôture de l’opération, un silence pesant s’est installé. Aucune communication officielle, aucune restitution des résultats, aucune orientation claire. Cette absence de suivi vient brutalement rompre avec l’élan initial et replonge le secteur dans une zone d’incertitude. L'argent met en lumière une volonté manifeste de retarder les choses au moment où la Fégafoot prépare son élection le 18 avril prochain.
Ce mutisme administratif ravive un mal profond et récurrent, celui d’une administration lente, peu réactive et souvent opaque dans son fonctionnement. Après une phase d’impulsion rapide et médiatisée, la machine semble s’enliser dans ses habitudes, donnant le sentiment d’un retour aux pratiques anciennes.
Derrière ce constat se dessine une question plus large, presque structurelle, la Ve République gabonaise a-t-elle réellement réussi à transformer les mécanismes internes de l’administration ? Car sur le terrain, les signaux envoyés restent préoccupants. Les délais s’allongent, les décisions tardent à émerger et la communication institutionnelle demeure insuffisante.
Ce décalage entre les ambitions politiques affichées et la réalité administrative fragilise la crédibilité de l’action publique. Il entretient également un climat de méfiance chez les acteurs du sport et de la vie associative, contraints de naviguer à vue en l’absence de directives claires.
Aujourd’hui, fédérations, ligues et associations se retrouvent dans l’attente d’un signal fort des autorités. Au-delà de la simple question de régularisation, c’est bien la confiance entre l’administration et ses partenaires qui est en jeu. Une clarification rapide apparaît indispensable pour relancer la dynamique engagée, consolider les réformes et démontrer que la rupture promise par la Ve République peut réellement se traduire dans les faits.
À défaut, le risque est grand de voir perdurer un système où les bonnes intentions se heurtent inlassablement à l’inertie administrative, freinant ainsi le développement d’un secteur pourtant essentiel à la cohésion sociale et au rayonnement du pays.

Commentaires
Enregistrer un commentaire