Gabon-Gouvernance sportive: Lorsque la régulation ressemble à un règlement de comptes
Par/Fabrice Guitrie
Une lecture critique de la gouvernance actuelle du ministère des Sports, marquée par des décisions perçues comme ciblées contre la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT), alors que d’autres urgences structurelles du secteur sportif et de la formation restent en suspens.
Depuis plusieurs mois après la CAN ratée du Gabon, la gouvernance du secteur sportif suscite des interrogations de plus en plus vives parmi les acteurs du mouvement sportif. Au cœur des critiques. L’impression persistante que certaines décisions relèvent davantage d’une logique de confrontation personnelle que d’une application rigoureuse et équitable des textes.
À la Direction Générale des Sports, il avait pourtant été annoncé qu’un délai d’un an serait accordé aux associations, ligues et clubs afin de se conformer progressivement aux nouvelles exigences administratives et réglementaires. Cette période devait servir à la sensibilisation et à l’accompagnement des structures sportives, souvent fragiles sur le plan organisationnel.
Mais une question revient avec insistance, pourquoi ce délai annoncé ne semble-t-il pas appliqué de manière uniforme, notamment envers la Fédération Gabonaise de Football, dirigée par Pierre Alain Mounguengui ?
Une application sélective des règles ?
Plusieurs observateurs relèvent que certaines entités ont bénéficié d’un traitement accéléré ou de régularisations précipitées. Le cas de la Ligue Nationale de Football Professionnel (LINAFP) est régulièrement cité dans les débats, notamment autour des conditions d’organisation du championnat que le ministre aurait lui-même qualifié d’irrégulier.
Dans ce contexte, l’impression d’un traitement différencié se renforce. Là où certaines structures semblent avoir obtenu des marges de manœuvre, la FEGAFOOT paraît faire face à une pression administrative accrue. Pour beaucoup d’acteurs du football, cette situation alimente l’idée que la régulation pourrait être utilisée comme un instrument stratégique pour fragiliser une direction en place.
Selon plusieurs voix critiques, l’objectif implicite serait de créer les conditions techniques et administratives permettant d’écarter l’actuelle équipe dirigeante, notamment son président, Pierre Alain Mounguengui. Une perception qui, qu’elle soit fondée ou non, contribue à alimenter un climat de méfiance durable.
Une focalisation sur le football au détriment d’autres urgences
Au-delà du dossier footballistique, c’est l’orientation globale de l’action ministérielle qui interroge. De nombreux professionnels du secteur estiment que l’attention accordée aux affaires liées à la FEGAFOOT semble disproportionnée au regard des autres défis majeurs auxquels fait face le sport national.
Pendant que les tensions persistent autour des instances footballistiques, d’autres dossiers brûlants demeurent sans réponses visibles. Les mouvements de grève signalés dans des établissements stratégiques comme l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS) ou l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) sont souvent cités comme exemples d’urgences qui nécessiteraient une attention politique soutenue.
Pour certains observateurs, cette situation donne l’impression d’un ministère davantage mobilisé sur des confrontations institutionnelles que sur l’amélioration concrète des conditions de formation, de gouvernance et de développement du sport.
Le risque d’une crise de confiance durable
La régulation du sport doit reposer sur des principes clairs, équité, transparence et uniformité dans l’application des règles. Lorsque ces principes semblent fluctuants ou ciblés, la confiance des acteurs sportifs s’érode rapidement.
Aujourd’hui, la gouvernance actuelle du ministère des Sports apparaît à la croisée des chemins. Si les décisions prises continuent d’être perçues comme des instruments de pression ou de repositionnement politique, le risque est réel de voir s’installer une crise durable entre l’administration et les structures sportives.
Dans un secteur où la stabilité institutionnelle est essentielle, la priorité devrait rester la consolidation des bases réglementaires pour tous, sans distinction ni exception.
Car au-delà des rivalités supposées ou des ambitions individuelles, une question demeure centrale, le sport national peut-il progresser dans un climat où la régulation est perçue comme un outil de règlement de comptes plutôt que comme un levier de développement ?


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