Gouvernance sportive au Gabon: le basketball pris en otage par le désordre institutionnel

Par/Fabrice Guitrie

Le sport ne peut prospérer dans le désordre. Encore moins lorsqu’il s’agit d’une discipline aussi structurée que le basketball, où les textes, les compétences territoriales et la hiérarchie institutionnelle constituent les fondements mêmes de la stabilité sportive

Pourtant, depuis plusieurs mois, certaines pratiques observées dans le basketball gabonais inquiètent de plus en plus les acteurs du milieu. Derrière des compétitions organisées sans concertation et des interventions jugées irrégulières dans certaines provinces, c’est toute la crédibilité du système fédéral qui semble aujourd’hui vaciller.

Au cœur des interrogations : le rôle d’une association nationale qui participe aux compétitions fédérales tout en organisant parallèlement des activités sportives dans une province sans l’implication de la ligue provinciale territorialement compétente.

Une situation qui soulève de nombreuses questions.

Comment une structure nationale peut-elle intervenir directement dans une province sans passer par l’organe local reconnu ? Sur quelle base réglementaire peut-elle organiser des compétitions locales sans autorisation territoriale ? Et surtout, pourquoi la fédération laisse-t-elle s’installer un tel précédent sans réaction claire ?

Ces questions ne relèvent pas d’une simple querelle administrative. Elles touchent directement aux principes fondamentaux de la gouvernance sportive.

Les ligues provinciales ne sont pas décoratives

Dans toute organisation sportive moderne, les ligues provinciales jouent un rôle central. Elles ne sont ni symboliques ni facultatives. Elles constituent les relais territoriaux officiellement reconnus pour organiser, superviser et encadrer la discipline dans leur espace géographique.

La loi gabonaise sur les sports, notamment à travers son article 47, consacre d’ailleurs le principe d’une organisation hiérarchisée et structurée des disciplines sportives. Cela implique naturellement le respect des compétences territoriales attribuées aux ligues.

En clair, aucune association, aucun club, aucune structure affiliée ne devrait pouvoir organiser des compétitions dans une province sans l’accord, la concertation ou la collaboration de la ligue concernée. Contourner ces organes revient à affaiblir volontairement les structures déconcentrées du sport gabonais.

Une fédération silencieuse face au désordre

Le véritable problème devient encore plus préoccupant lorsque la fédération elle-même semble observer ces pratiques dans un silence troublant. Car une fédération sportive a pourtant des responsabilités claires :

Faire respecter les textes, Garantir l’équité organisationnelle, Protéger ses organes affiliés, Assurer la cohérence territoriale. Préserver l’unité et la stabilité de la discipline.

Lorsqu’elle échoue à remplir cette mission de régulation, elle ouvre la porte à la confusion, aux rivalités et à l’instabilité institutionnelle. Aucun organisme sportif sérieux au monde ne fonctionnerait dans un tel flou.

Même la FIBA ne peut intervenir officiellement dans un pays sans l’accord de la fédération nationale reconnue. De la même manière, une fédération nationale crédible ne devrait jamais permettre qu’une structure affiliée agisse librement dans une province sans l’implication de la ligue compétente.

Le respect de la territorialité sportive est un principe universel. Il garantit l’ordre administratif, la coordination des compétitions, la légitimité des résultats et la protection des acteurs locaux.

Le basketball gabonais au bord de l’anarchie sportive

Lorsque les interventions non autorisées deviennent une habitude, les conséquences ne tardent jamais à apparaître. Conflits de compétences. Rivalités institutionnelles.bPerte d’autorité des ligues. Confusion réglementaire. Divisions internes. Contestation permanente des décisions.

À terme, c’est toute l’image du basketball gabonais qui se fragilise.

Le sport ne peut être gouverné par les affinités personnelles, les rapports de force ou les arrangements de circonstance. Il doit être administré par des règles claires, appliquées avec impartialité et responsabilité.

Le journaliste s’engage trop de silence tue le sport. Le plus dangereux dans cette affaire n’est plus seulement la violation des principes de gouvernance. Le plus inquiétant reste le silence de ceux qui ont la responsabilité morale et institutionnelle de protéger le basketball gabonais.

À force de fermer les yeux sur les dérives, certains dirigeants finissent par transformer les fédérations en espaces de complaisance plutôt qu’en institutions de régulation. Le basketball gabonais mérite mieux que des conflits d’influence, des décisions opaques et une gouvernance à géométrie variable.

Il mérite des dirigeants capables de défendre les textes même lorsque cela dérange leurs proches, leurs alliés ou leurs intérêts. Car une fédération forte n’est pas celle qui écrase ou contourne ses ligues provinciales. Une fédération forte est celle qui fait respecter les règles avec équité, cohérence et courage.

Le jour où les institutions sportives commenceront à considérer les textes comme facultatifs, ce ne sont pas seulement les ligues qui disparaîtront. C’est toute la crédibilité du sport gabonais qui s’effondrera avec elles. 

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