Taekwondo: le Gabon a-t-il hypothéqué ses chances dans la course aux Jeux olympiques de Los Angeles ?

Par Fabrice Guitrie

L'histoire récente du taekwondo gabonais est celle d'une discipline qui a su porter haut les couleurs nationales sur la scène olympique. Depuis les Jeux olympiques de Pékin en 2008 avec Lionel Baguissi, le Gabon a toujours réussi à placer au moins un représentant à la plus prestigieuse compétition sportive mondiale. Anthony Obame a poursuivi cette tradition à Londres en 2012, Rio en 2016 et Tokyo en 2021, avant qu'Atora Eyeghe ne prenne le relais à Paris en 2024. 

Aujourd'hui pourtant, cette belle continuité semble sérieusement menacée.

Au moment où les meilleurs taekwondoïstes africains se disputent à Bamako, au Mali, les précieux points nécessaires à la qualification olympique, les athlètes gabonais, eux, regardent la compétition de loin. Une situation difficile à comprendre pour de nombreux observateurs du sport gabonais.

Les Championnats d'Afrique actuellement en cours dans la capitale malienne sont pourtant classés G4 par la Fédération mondiale de taekwondo, offrant jusqu'à 40 points au classement olympique. Une véritable mine d'or pour les nations ambitieuses qui rêvent déjà des Jeux de Los Angeles 2028. Plus de 600 athlètes issus de 44 pays africains ont effectué le déplacement pour saisir cette opportunité. Pendant ce temps, le Gabon est absent. 

La décision du ministère des Sports de ne pas autoriser le déplacement de la sélection nationale, invoquant des préoccupations sécuritaires, suscite de nombreuses interrogations. Certes, la sécurité des athlètes doit demeurer une priorité absolue. Mais une question brûle aujourd'hui toutes les lèvres : quelles solutions alternatives ont été envisagées pour éviter une telle perte sportive ?

Car les conséquences pourraient être lourdes.

Déjà absents lors des finales des Taekwondo Series d'Abidjan, les combattants gabonais enregistrent une nouvelle absence dans une compétition majeure comptant pour la qualification olympique. Chaque rendez-vous manqué réduit davantage les chances de nos athlètes de figurer parmi l'élite mondiale dans quatre ans.

Comment récupérer ces précieux points abandonnés en route ? Quels tournois permettront désormais de combler ce retard ? Le calendrier international ne fait aucun cadeau et les occasions de marquer gros sont rares.

Au-delà de l'aspect purement comptable, c'est également la dimension humaine qui interpelle. Que ressentent aujourd'hui ces internationaux gabonais qui se sont préparés pendant des mois, multipliant les sacrifices physiques, financiers et familiaux, dans l'espoir de défendre leur pays ? Quelle frustration anime ces athlètes qui voient leurs concurrents directs engranger des points pendant qu'eux restent immobilisés ?

Le sport de haut niveau se construit sur la régularité, la planification et la participation aux grandes compétitions. Chaque absence coûte cher. Très cher.

Cette politique de la chaise vide peut-elle réellement favoriser le développement du taekwondo gabonais ? Ne risque-t-elle pas au contraire de décourager une génération entière de sportifs qui rêvent de suivre les traces d'Anthony Obame et d'Atora Eyeghe ?

Le temps n'est pas encore à l'enterrement des ambitions olympiques du Gabon. Mais une chose est certaine : pendant que l'Afrique du taekwondo avance à Bamako, le Gabon recule dangereusement dans la course vers Los Angeles.

Et dans une discipline où chaque point compte, chaque occasion manquée peut finir par coûter un billet olympique.

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