Basket-ball-Primes des U18: défendre les joueurs, oui… mais dire non au chantage et à l'instrumentalisation

Par/Fabrice Guitrie

La polémique autour des primes de la sélection nationale U18 de basketball continue d'alimenter les débats. Si personne ne conteste le droit des jeunes internationaux à percevoir les indemnités qui leur reviennent à titre honorifique, il est tout aussi indispensable d'éviter que cette revendication légitime ne soit détournée à des fins de confrontation avec les institutions de la République. Les dirigeants de la Fégabab n'ont pas à se cacher derrière les enfants pour mettre la pression au Ministère des sports.

Les basketteurs gabonais ont représenté leur pays avec courage et dignité. Ils méritent le respect, la reconnaissance et le paiement des engagements pris à leur égard même s'il ne s'agit pas de l'équipe senior basket-ball. Sur ce point, le débat ne devrait même pas exister.

En revanche, ce qui interpelle aujourd'hui, c'est la stratégie adoptée par certains membres de la Fédération gabonaise de basketball (FEGABAB), qui semblent privilégier la pression médiatique au détriment du dialogue institutionnel. Une telle posture risque de transformer une question administrative en crise institutionnelle, au détriment des joueurs eux-mêmes.

Il convient d'abord de rappeler une réalité souvent passée sous silence. La participation du Gabon à cette compétition est intervenue grâce à une Wild Card. Cette invitation accordée par la FIBA ne retire rien au mérite des jeunes athlètes, mais elle rappelle que cette campagne s'inscrivait dans un contexte particulier. Les U18 ont honoré le drapeau national avec fierté et leur engagement reste digne de respect. Mais ont été éliminé en finale par le Tchad.

Il est tout aussi important de rappeler que cette expédition internationale a été financée à 100 % par l'État gabonais, à travers le Ministère des Sports, comme l'a reconnu publiquement la FEGABAB. Billets d'avion, hébergement, restauration, logistique. Sans cette intervention de l'État, cette participation n'aurait tout simplement pas été possible.

Cela n'efface en rien la question des primes. Si elles sont dues, elles doivent être versées. Les joueurs sont parfaitement fondés à les réclamer. Mais une revendication légitime ne doit jamais se transformer en moyen de pression contre les institutions.

Oui aux primes. Non au chantage.

Aucun membre de la FEGABAB ne devrait utiliser les joueurs, ni leurs parents, comme levier pour exercer une pression sur le Ministère des Sports ou sur l'État. Les jeunes basketteurs ne doivent pas devenir les otages d'un bras de fer institutionnel qui les dépasse.

La Fédération a le devoir de défendre ses internationaux, mais elle a également la responsabilité de préserver un climat de dialogue avec sa tutelle. Son rôle est d'expliquer les procédures, de suivre les dossiers, d'informer les familles et de rechercher des solutions, non d'alimenter une escalade médiatique.

Il faut également comprendre que le paiement d'une dépense publique répond à des règles administratives et financières précises. Un ministère ne dispose pas d'un accès immédiat aux fonds publics. Chaque dépense suit un circuit de validation et d'exécution impliquant plusieurs acteurs de l'administration. Un retard ne signifie donc pas nécessairement un refus de payer.

L'histoire récente montre d'ailleurs que l'État gabonais a toujours fini par honorer ses engagements envers les équipes nationales, même lorsque des délais ont été constatés. Ces lenteurs peuvent être critiquées, mais elles ne doivent pas être interprétées comme une volonté d'abandonner les sportifs.

Réduire aujourd'hui l'action du Ministre des Sports à cette seule question serait également injuste. Le département ministériel est confronté à de nombreux défis, réformes institutionnelles, gouvernance des fédérations, accompagnement des compétitions, gestion des infrastructures et structuration du mouvement sportif national. La question des primes est importante, mais elle ne saurait résumer à elle seule l'ensemble de l'action publique.

Au-delà de cette affaire, une autre interrogation mérite d'être posée, celle de la gouvernance de la FEGABAB. Si des questions existent sur son fonctionnement ou sur sa légitimité institutionnelle, elles doivent être traitées dans les cadres prévus par les textes, avec des faits et des documents. Les jeunes U18 ne doivent en aucun cas être instrumentalisés dans un conflit qui ne les concerne pas.

Comparer sans cesse la situation du basketball à celle du football n'apporte pas davantage de solution. Le football gabonais connaît lui aussi des retards de primes, des difficultés financières et des tensions récurrentes la dernière CAN les primes n'ont pas encore été payées. Les problèmes sont structurels et concernent l'ensemble du sport national.

L'urgence est donc ailleurs, bâtir un système de financement plus transparent, plus stable et plus prévisible afin que les athlètes ne soient plus confrontés à ce type de situation.

Aujourd'hui, chacun doit faire preuve de responsabilité. Les joueurs doivent obtenir ce qui leur est dû. Les parents doivent être entendus. La Fédération doit jouer pleinement son rôle de médiateur. Le Ministère doit communiquer avec transparence sur l'évolution du dossier.

Mais une chose doit être clairement affirmée non au chantage de certains membres de la FEGABAB, non à l'instrumentalisation des joueurs et de leurs familles, non aux campagnes de dénigrement et non à la transformation d'un retard administratif en crise institutionnelle. Le basketball gabonais mérite mieux que des affrontements permanents. Il a besoin de dialogue, de responsabilité et de sérénité.

Les U18 ont porté avec honneur les couleurs du Gabon. Ils méritent notre soutien, notre protection et notre reconnaissance. Défendons leurs droits avec fermeté, mais refusons toute tentative de pression ou de manipulation.

Parce qu'au-dessus de toutes les querelles, il y a une priorité qui doit nous rassembler, le Gabon, ses jeunes et l'avenir de son basketball.

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