Lambaréné 2026: Entretien avec le Président de la Fédération gabonaise de football
« Le Championnat national U15 est un véritable vivier pour nos futures sélections »
À l'issue de la phase finale du Championnat national U15 disputée à Lambaréné, le président de la Fédération gabonaise de football, Pierre Alain Mounguengui, a accordé un entretien à la presse. Bilan de la compétition, détection des jeunes talents, avenir des sélections nationales, place des femmes dans l'encadrement technique, faible affluence dans les tribunes ou encore nomination du futur sélectionneur des Panthères. Le patron du football gabonais répond sans détour aux principales préoccupations. Pour lui, cette compétition constitue avant tout un investissement pour l'avenir, avec l'ambition de bâtir les prochaines générations de footballeurs appelées à défendre les couleurs du Gabon.
Propos recueillis par/Fabrice Guitrie conjointement avec l'ensemble des médias présents à Lambaréné
Monsieur le Président, quel bilan tirez-vous de cette phase finale du Championnat national U15 qui vient de s’achever ?
Mounguengui Pierre Alain : Je ne veux pas voler la vedette au comité d’organisation. C’est à lui qu’il appartient de faire le bilan de cette compétition qu’il a préparée et organisée. Personnellement, j’étais présent à l’ouverture comme à la clôture. Je peux dire que c’est une satisfaction, aussi bien à titre personnel qu’au nom du comité exécutif que je représente. Lorsqu’un tournoi de jeunes débute et s’achève sans blessure grave ni incident majeur, il y a déjà de quoi être satisfait. Pour le reste, notamment les statistiques, le nombre de buts, d’avertissements ou encore l’évaluation de l’organisation, je vous invite à vous rapprocher du comité d’organisation.
Pendant une dizaine de jours, le public a découvert de nombreux jeunes talents. Quelle suite la Fédération entend-elle donner à cette initiative ?
MPA : Je crois qu’il faut d’abord corriger une idée reçue. Certains parlent d’un événement ponctuel ou affirment qu’il n’existe pas de compétitions de jeunes au Gabon. Pourtant, ce Championnat national U15 se déroule chaque année, à la même période. La presse a aussi un rôle à jouer pour relayer ces informations et montrer que la Fédération organise régulièrement des compétitions destinées aux jeunes.
Les clubs de première et de deuxième division devraient profiter de ce tournoi pour détecter des talents. Beaucoup n’ont malheureusement pas de véritables catégories de jeunes, alors que les joueurs gabonais qu’ils recrutent proviennent justement de ces compétitions de formation.
Les neuf provinces étaient représentées à Lambaréné. Que devient ensuite cette génération de jeunes joueurs ?
MPA : Il faut déjà saluer le travail des ligues provinciales qui organisent leurs compétitions locales et permettent de constituer ces sélections. Après chaque tournoi U15, nous demandons à la Direction technique nationale d’identifier les cinquante meilleurs joueurs. Ils sont ensuite répertoriés au niveau de la Fédération. À partir de ce groupe, une sélection de vingt joueurs est constituée pour représenter le Gabon lors des compétitions sous-régionales organisées par la Confédération africaine de football. Depuis plusieurs années, la CAF organise un tournoi U15 à l’échelle nationale, sous-régionale puis continentale. Ce sont les joueurs issus de cette compétition qui composent notre sélection.
Une femme a dirigé l’une des sélections provinciales. Est-ce le signe d’une évolution ?
MPA : Ce n’est pas une nouveauté. Il y a deux ans, la Fédération a organisé à Oyem une formation exclusivement destinée aux femmes, avec une trentaine de participantes. Aujourd’hui, elles sont qualifiées. Maintenant, il faut qu’elles soient actives sur le terrain. Les formations ne doivent pas servir à collectionner des diplômes ou à les afficher chez soi. Elles doivent permettre d’exercer. D’ailleurs, l’an dernier, l’équipe championne était déjà dirigée par une femme. La Fédération forme des entraîneurs, mais ce sont les clubs et les structures qui doivent ensuite leur faire confiance.
Malgré la qualité du spectacle, les tribunes sont restées peu garnies à Lambaréné. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
MA : Nous avons constaté la même chose ici qu’au cours des précédentes éditions organisées à Lambaréné. Pourtant, dans d’autres provinces, comme à Oyem ou à Tchibanga, les stades étaient pleins. J’ai suggéré au comité d’organisation d’innover en mettant en place des animations, par exemple des tombolas avec des lots attractifs, afin d’encourager le public à venir au stade.
C’est d’autant plus regrettable que le Moyen-Ogooué a longtemps été une grande terre de football. Cette province a produit de grands clubs et de grands joueurs. J’espère qu’elle retrouvera progressivement cette passion qui a fait sa réputation.
Où en est le dossier du futur sélectionneur national ?
MPA : Aujourd’hui, ce n’est plus une urgence. Cela l’était davantage au début de l’année, lorsque nous souhaitions recruter un sélectionneur au moment du lancement du championnat national. L’objectif était qu’il puisse suivre les compétitions locales dès leur début. C’est ce qui avait permis à Thierry Mouyouma, la saison précédente, de parcourir les stades du pays et de repérer plusieurs joueurs évoluant dans notre championnat avant de les intégrer en sélection nationale.
Président, pouvez-vous nous en dire davantage sur le futur sélectionneur national ?
MPA : Je préfère ne pas dévoiler son identité ici. Soyez simplement rassurés que, le moment venu, la Fédération communiquera officiellement sur cette nomination. Nous avançons sereinement sur ce dossier.
Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui ont participé à cette compétition, ainsi qu’à ceux qui n’ont pas été retenus ?
MPA : Mon message s’adresse à tous les jeunes. Il faut comprendre que le football des jeunes est avant tout un football de développement. Aujourd’hui, une province remporte le tournoi, c’est une bonne chose, mais ce n’est pas l’objectif principal.
Notre véritable ambition est ailleurs. Nous avons réuni ici 180 jeunes de moins de 15 ans. L’année prochaine, ils évolueront dans la catégorie des moins de 17 ans, puis poursuivront leur progression. Si, dans quelques années, à l’âge de 23, 24 ou 25 ans, une trentaine de ces joueurs évoluent au plus haut niveau, alors nous aurons atteint notre objectif.
Le plus important n’est donc pas de gagner aujourd’hui, mais de construire l’avenir. C’est un travail de longue haleine.
Je l’ai d’ailleurs dit au capitaine de l’équipe battue en finale : « Tu as perdu un match, mais ta carrière ne fait que commencer. Il faut regarder plus loin. Ce match n’est qu’une étape. Tu gagneras certainement le prochain. »
C’est cette philosophie que nous défendons. Même si nos sélections U15 participent aux compétitions de l’UNIFFAC et ne remportent pas le tournoi, ce n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est qu’à terme, ces jeunes deviennent des joueurs confirmés capables d’alimenter durablement les clubs de l’élite et les différentes sélections nationales. C’est là que se mesure la véritable réussite de notre politique de formation.
À travers cet entretien, Mounguengui Pierre Alain réaffirme la volonté de la Fédération gabonaise de football de faire de la formation des jeunes la pierre angulaire de son projet sportif. Au-delà des résultats immédiats, le président insiste sur la nécessité d'accompagner les talents dans la durée afin de renforcer les clubs et les différentes sélections nationales. Un message d'espoir et de patience qui résume toute la philosophie du Championnat national U15, préparer dès aujourd'hui les Panthères de demain.




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