Afrobasket U18: 113-37, le lourd avertissement qui expose les failles du basketball gabonais
Par/Fabrice Guitrie
Le score fait mal. Très mal. 113-37 face au Mali, le Gabon a subi une véritable correction au Palais des Sports de Treichville. Mais derrière cette défaite lourde, il faut surtout regarder au-delà du tableau d’affichage. Car ces 76 points d'écart racontent une histoire beaucoup plus profonde. Celle d'un basketball gabonais qui continue d'envoyer ses jeunes au combat international sans leur offrir, en amont, les conditions nécessaires pour rivaliser. Aucun joueur de niveau international venant des grands championnats d'Afrique, d'Europe ou d'Amérique comme les nations comme la Côte d'Ivoire etc.
Il faut d'abord rendre hommage aux jeunes Panthères. Ils ont accepté de porter le maillot national, de représenter le Gabon et de se battre avec leurs moyens. Ils ne sont pas responsables de l'insuffisance du système. Les jeter en pâture sur la scène internationale, puis leur demander de produire miraculeusement un niveau qu'ils n'ont pas eu la possibilité de construire, relève d'une véritable incohérence sportive.
Comment demander du haut niveau sans championnat régulier ?
La question mérite d'être posée sans détour, comment peut-on espérer avoir des jeunes compétitifs au niveau africain lorsque notre propre championnat ne fonctionne pas normalement ? Ceux qui se battent pour la formation de leur jeunes en les plaçant dans d'autres championnats hors du continent doivent être consultés.
La LINAB existe. Le basketball gabonais dispose donc d'un cadre qui pourrait permettre aux joueurs de bénéficier de matchs réguliers, d'une véritable intensité compétitive et d'un rythme indispensable à leur progression. Pourtant, cette compétition peine à jouer pleinement son rôle dans la préparation de nos sélections nationales. Et c'est là que se trouve l'une des grandes contradictions de notre basketball. Ni ministère des sports ni Fégabab ne fait cas.
On veut des résultats internationaux, mais on ne construit pas suffisamment le quotidien qui permet de les obtenir. On veut des joueurs prêts pour les exigences africaines, mais on ne leur garantit pas suffisamment de matchs de haut niveau. On veut des sélections performantes, mais on semble parfois découvrir la préparation quelques semaines seulement avant les échéances. Le haut niveau ne s'improvise pas. Il se prépare.
La défaite commence bien avant Treichville
Il serait trop facile de faire porter cette déroute aux seuls joueurs ou au staff technique présent à Abidjan. Cette défaite est avant tout le résultat d'un déficit structurel qui dépasse largement le cadre d'un match. Le Gabon n'avait déjà pas réussi à se qualifier sportivement pour cette compétition. Ce premier signal aurait dû provoquer une véritable réflexion sur notre système de formation, notre championnat, notre détection et la préparation de nos jeunes que de profiter d'une invitation et faire du bruit au pays comme si on s'était qualifié sur le parquet.
Au lieu de cela, nous avons parfois donné l'impression de vouloir transformer la participation en victoire avant même d'avoir posé les fondations nécessaires. La volonté des enfants est réelle. Leur courage aussi. Mais la volonté ne remplace ni le rythme, ni l'expérience, ni la préparation, ni la répétition des matchs.
Et maintenant, les primes avant la performance ?
Il faut également avoir le courage de parler d'un autre sujet, celui de l'argent. Pourquoi placer systématiquement la question des primes au centre des discussions alors que nous devrions d'abord nous interroger sur les conditions de préparation et la performance sportive ?
Les parents ont évidemment le droit de défendre les intérêts de leurs enfants. Les joueurs ont également le droit au respect et à la reconnaissance de leurs efforts. Mais il serait dangereux de réduire la représentation nationale à une bataille autour des primes.
Avant de réclamer le fruit, il faut aussi s'interroger sur l'arbre que nous avons planté. Quel championnat avons-nous offert à ces jeunes ? Combien de matchs réguliers ont-ils disputés ? Quelle préparation physique ? Quelle opposition de niveau international ? Quelle véritable programmation sur plusieurs mois ?
Le Gabon ne manque pas de talents, il manque de continuité
Le plus triste dans cette histoire, c'est que le Gabon possède des jeunes capables de progresser. Mais un talent sans compétition régulière finit par stagner. On ne peut pas demander à un jeune Gabonais de rivaliser avec un jeune Malien qui évolue dans un environnement où la pratique compétitive, la formation et l'exigence sont davantage structurées, puis s'étonner de voir un tel écart apparaître sur le parquet.
113-37 n'est pas simplement un score. C'est un révélateur. Un révélateur de notre retard dans la préparation. Un révélateur de notre manque de continuité. Un révélateur de l'urgence de remettre le championnat national au cœur du projet.
Bravo aux enfants, mais ne les sacrifions plus
Ces jeunes méritent mieux que d'être envoyés dans des compétitions internationales pour ensuite servir de boucliers aux insuffisances des adultes. Ils méritent un véritable championnat. Des matchs. Du rythme. Des stages réguliers. Des encadreurs accompagnés dans leur travail. Une préparation scientifique. Une politique de formation cohérente.
Le ministère des Sports et la Fégabab doivent regarder cette défaite comme un électrochoc, pas comme un simple accident de parcours. Il ne sert à rien de chercher des coupables parmi les enfants. Il faut plutôt corriger le système qui les accompagne.
Bravo aux jeunes Panthères pour leur courage. Mais désormais, cessons de leur demander des miracles. Donnons-leur d'abord les moyens de devenir des basketteurs capables de rivaliser avec les meilleurs. Parce que lorsqu'on refuse de préparer correctement une génération, c'est elle qui finit par payer la facture sur le parquet.

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