AFROBASKET U18: LE GABON, DE LA RÉFÉRENCE 2010 À LA CHUTE LIBRE
Par/Fabrice Guitrie
Il faut parfois regarder les chiffres en face pour mesurer l’ampleur d’une régression. Et dans le basketball gabonais, les archives de l’AfroBasket U18 ne racontent pas une histoire glorieuse. Elles racontent surtout celle d’une discipline qui peine à retrouver son niveau d’antan.
En cinq participations recensées, le Gabon n’a jamais fait mieux qu’une 5e place, obtenue en 2010 à Kigali. Une performance qui demeure, seize ans plus tard, la meilleure référence du pays dans cette compétition.
Le reste ressemble davantage à une longue descente. En 1994, à Yaoundé, le Gabon terminait 6e sur 8 équipes. Seize ans plus tard, en 2010, les jeunes Gabonais atteignaient la 5e place sur 10, derrière une génération qui avait encore quelque chose à proposer au continent.
Puis le décrochage s’est installé.
2012 : 10e sur 10.
2014 : 9e sur 9.
2016 : 10e sur 11.
Voilà le constat. Brutal. Difficile à maquiller. 2010 : la dernière vraie référence. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, 2010 reste le dernier repère sportif sérieux de cette catégorie que de vouloir mentir le monde. Depuis, le Gabon n’a pas construit une continuité capable de transformer une bonne génération en véritable politique de formation.
Le problème n’est donc pas uniquement celui des jeunes joueurs. Les enfants ne peuvent pas être tenus responsables d’un système qui ne leur offre pas suffisamment de compétitions, de rythme, de suivi et de confrontation de haut niveau mais plutôt des querelles entre camps opposés.
On ne fabrique pas une équipe nationale compétitive en quelques semaines de regroupement.On la construit pendant des années, le championnat, cette grande absente. C’est ici que la responsabilité des décideurs doit être posée.
Comment demander à des jeunes d’être compétitifs face à des nations qui disposent de championnats structurés, de clubs actifs et de joueurs régulièrement confrontés à la compétition, alors que le Gabon peine lui-même à offrir une véritable continuité à ses catégories de jeunes ?
Le problème dépasse donc largement une sélection U18. Il touche à la politique publique du basketball. Une fédération ne peut pas tout faire seule. Un ministère ne peut pas non plus se contenter d’intervenir lorsque les compétitions internationales approchent. Et les dirigeants ne peuvent éternellement présenter la volonté et le courage des jeunes comme une preuve de performance institutionnelle.
Les jeunes se battent. Ils mouillent le maillot. Ils représentent le pays. Mais qui prépare réellement leur avenir ? La classe dirigeante doit regarder le miroir Le basketball gabonais dispose de dirigeants, de techniciens, d’anciens internationaux, de clubs et de passionnés. Pourtant, les résultats internationaux de ces dernières années interrogent sérieusement l’efficacité du système actuel.
Il faut le dire sans détour, l’actuelle gouvernance du basketball gabonais est loin de produire les résultats à la hauteur des ambitions affichées. Changer les hommes n’est peut-être même pas suffisant. Il faut surtout changer la méthode.
Il faut un calendrier national régulier, des championnats de jeunes crédibles, une détection permanente, des entraîneurs mieux accompagnés, des compétitions provinciales vivantes et une véritable passerelle entre les clubs et les sélections nationales.
Sans cela, chaque participation internationale continuera de ressembler à une opération de sauvetage. Le gouvernement ne peut plus regarder ailleurs. Le basketball est une politique sportive. Il appartient donc aussi aux pouvoirs publics de définir une stratégie.
Si l’État investit dans les sélections nationales uniquement lorsque les échéances internationales arrivent, il continuera à payer les conséquences d’un travail qui n’a pas été fait en amont. Le Gabon ne manque pas nécessairement de talents. Il manque de système. Et c’est probablement là que se trouve le véritable scandale.
Pendant que d’autres nations africaines structurent leur formation, multiplient les compétitions et construisent des générations, le Gabon semble encore fonctionner par à-coups, au gré des échéances et des urgences.
La chute n’est pas une fatalité. Les chiffres de 1994, 2010, 2012, 2014 et 2016 doivent servir d’électrochoc. La 5e place de Kigali ne doit pas être transformée en souvenir nostalgique. Elle doit devenir un point de comparaison pour mesurer le chemin parcouru, ou plutôt celui qui reste à parcourir.
Parce qu’aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si le Gabon possède des jeunes capables de jouer au basketball. La vraie question est de savoir si le Gabon possède encore une organisation capable de les faire grandir. Et si la réponse tarde à venir, la chute ne sera plus une alerte. Elle deviendra la norme.

excelllent édito.
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