Élections sportives: le mythe des parrainages, quand le football africain rappelle une vérité simple

Par/Fabrice Guitrie

Pendant des mois, les débats autour des parrainages pour l’élection à la Fédération gabonaise de football ont donné l’impression d’un système incompréhensible, presque devenu une science réservée à quelques initiés. Au Gabon, beaucoup ont découvert tardivement les mécanismes qui entourent les candidatures, certains ayant même présenté le parrainage comme une arme politique capable, à elle seule, de renverser une élection. C'était une intelligence artificielle non connue des Gabonais enfumés par ceux qui avaient à cœur de faire du sabotage conscients qu'ils étaient incapables de gagner contre le candidat Mounguengui Pierre Alain.

Pourtant, les exemples récents du football africain montrent une tout autre réalité.

En Côte d’Ivoire, le président sortant de la Fédération ivoirienne de football, Yacine Idriss Diallo, a officiellement déposé sa candidature le 10 août 2026 pour briguer un second mandat. À la clôture du dépôt, ses principaux adversaires annoncés n’avaient toujours pas enregistré leur candidature. La possibilité d’une candidature unique s’est donc imposée dans le débat, même si la liste définitive devait encore être officialisée.

Ce cas ivoirien rappelle surtout une chose, une élection fédérale peut parfaitement aboutir à une candidature unique sans que cela constitue une anomalie démocratique. Le Mali a connu une situation comparable, tandis que le fonctionnement des grandes institutions du football, notamment la FIFA et la CAF, repose également sur des mécanismes de candidature, de soutien et de validation qui ne transforment pas automatiquement chaque scrutin en affrontement à plusieurs candidats.

Alors pourquoi avoir autant dramatisé le dossier des parrainages au Gabon ? La question mérite d’être posée. Car à force de présenter le parrainage comme une sorte d’intelligence artificielle électorale inconnue du grand public, certains ont surtout contribué à enfumer le débat. Le véritable enjeu n’était-il pas ailleurs ? Celui de faire croire qu'une candidature alternative pouvait mécaniquement fragiliser la position de Pierre Alain Mounguengui (MPA), alors que le rapport de forces sportif et institutionnel semblait, lui, beaucoup moins favorable aux opposants ?

Le parrainage ne garantit pas une victoire. Il ne constitue pas un vote final. Il permet d'entrer dans la compétition. C'est tout. Et c'est précisément là que le débat gabonais doit retrouver de la sérénité.

À quelques mois de la prochaine échéance annoncée pour décembre, certains pourraient déjà être tentés de multiplier les opérations de séduction, le parrainage des tournois, les rencontres et les annonces destinées à obtenir des soutiens auprès de ceux qui ne constituent pas le cercle de décision. Très bien. Mais organiser un tournoi, bénéficier d’une visibilité ou recevoir des encouragements ne signifie nullement disposer automatiquement des parrainages nécessaires le jour venu. C'est toute la différence entre une promesse de soutien et un engagement électoral.

L'élection à la Fégafoot ressemble décidément à une véritable sorcière au-dessus des sorciers, plus on croit en connaître les secrets, plus elle révèle de nouveaux mystères. Le plus important reste donc de ne pas confondre agitation et stratégie, parrainage et suffrage, ambition personnelle et projet collectif.

L’exemple ivoirien est suffisamment parlant. Yacine Idriss Diallo peut se retrouver seul en lice après avoir pourtant vu plusieurs candidatures potentielles être annoncées. Son bilan sportif notamment la CAN remportée par la Côte d’Ivoire en 2024 et la qualification pour le Mondial 2026 pèse évidemment dans l’appréciation des électeurs et des acteurs du football.

Au Gabon aussi, le bilan finira par parler. Ce qui devrait compter, ce ne sont donc pas les artifices, les campagnes de dénigrement ou les querelles autour d’un système de parrainage que beaucoup découvraient encore récemment. Ce qui devrait compter, c’est la capacité de chaque candidat à présenter un projet crédible, à rassembler le football gabonais et à convaincre les électeurs. Car une élection ne se gagne pas avec du bruit. Elle se gagne avec des voix. Et celles-ci, jusqu’au dernier jour, restent la propriété des électeurs.

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