Football gabonais: l’embrouille Linafp–Ministère des Sports, quand une médaille devient une affaire d’État
Par/Fabrice Guitrie
À quand la fin des querelles, des bras de fer et des coups bas dans le football gabonais ? Depuis quelque temps, le football national donne davantage l’impression d’un terrain de confrontation institutionnelle règlement de compte que d’un espace consacré à la performance, à la structuration et au développement de la discipline.
La dernière passe d’armes en date oppose désormais, sur fond de l’affaire de la cérémonie de Port-Gentil, le ministère des Sports et la Ligue Nationale de Football Professionnel (Linafp). Au centre de cette nouvelle tension, l’entraîneur de l’AS Mangasport, Thierry Dieudonné Mouyouma, et son refus de se faire remettre sa médaille autour du cou lors de la cérémonie protocolaire.
Un geste qui pouvait être perçu comme maladroit, déplacé ou contraire au protocole. Mais fallait-il pour autant que cet épisode prenne les proportions d’un problème institutionnel ? Une médaille, un geste, puis une affaire qui s'envenime
Soyons clairs. Thierry Dieudonné Mouyouma pouvait-il faire autrement ? Probablement. Lorsqu'un ministre de la République représente officiellement l'État lors d'une cérémonie sportive, les usages protocolaires méritent d'être respectés. Le technicien de Mangasport, par son comportement, pouvait donc susciter des interrogations et même faire l'objet d'une procédure disciplinaire si les textes le prévoient.
Mais il faut aussi savoir raison garder. Dans le football de haut niveau, les cérémonies de remise de médailles donnent régulièrement lieu à des attitudes différentes de la part des joueurs, entraîneurs ou dirigeants. Certains acceptent le protocole, d'autres choisissent de prendre eux-mêmes leur médaille, parfois pour des raisons personnelles ou symboliques.
Cela ne signifie évidemment pas que le comportement de Mouyouma doit être banalisé et déjà que les deux hommes ne s'apprécient pas ça on le sait. Mais une faute protocolaire, si faute il y a, doit-elle automatiquement devenir une crise entre un ministre et une ligue professionnelle ? Faire pression pour sanctionner TM est un geste insigne.
C'est là que le débat devient intéressant. Le ministre doit-il demander des comptes à la Linafp ? Le courrier de la Linafp adressé au ministre des Sports apporte un éclairage particulièrement important.
La Ligue reconnaît avoir saisi sa Commission de Discipline et d'Éthique afin que les faits soient examinés. Elle rappelle surtout un principe essentiel, l'ouverture d'une procédure disciplinaire ne signifie pas qu'une sanction peut être décidée avant que l'organe compétent ait entendu l'intéressé et apprécié les faits.
C'est une position qui mérite d'être entendue. Car si le ministère est fondé à demander que les règles soient respectées, la sanction disciplinaire appartient-t-elle au ministre ou aux organes auxquels les textes attribuent cette compétence ? La réponse devrait être claire, chacun doit rester dans son couloir.
Le ministère exerce sa tutelle. La Linafp administre le football professionnel. Les commissions disciplinaires examinent les comportements et prononcent, lorsqu'elles sont compétentes, les sanctions prévues par les textes. C'est précisément cette séparation des responsabilités qui protège tout le monde.
Mangasport n'est pas Mouyouma. C'est probablement le point le plus important de cette affaire. L'AS Mangasport ne doit pas être confondue avec son entraîneur. Le club a gagné sportivement une compétition. La récompense de 75 millions de FCFA évoquée dans le courrier de la Linafp est attachée au résultat obtenu par le club au terme de la saison.
Dès lors, pourquoi faire dépendre le versement d'une récompense sportive due à un club du comportement individuel de son entraîneur ? C'est là que le dossier mérite une vraie réflexion juridique et administrative. Si Thierry Dieudonné Mouyouma a enfreint les règles, qu'il réponde de ses actes devant l'instance compétente. Mais Mangasport ne peut pas devenir la variable d'ajustement d'un éventuel différend entre un entraîneur et une autorité publique.
Un club, ses joueurs, son encadrement et ses dirigeants ont fourni un travail sportif pendant toute une saison. La récompense vient consacrer ce résultat. Il faut donc distinguer la responsabilité individuelle de l'entraîneur et le droit financier du club. L'argent public ne doit pas devenir un instrument de pression
Autre élément particulièrement sensible, le reliquat de la subvention de la Linafp. Sur ce point également, le courrier de la Ligue invite à séparer les dossiers. La question du comportement d'un entraîneur relève d'une procédure disciplinaire. Celle du paiement d'une subvention relève, elle, des relations financières entre l'État et la Ligue, des engagements contractuels et des règles budgétaires.
Et cette distinction est fondamentale. On ne peut pas construire une administration moderne du sport en mélangeant en permanence le disciplinaire, le financier, le politique et le personnel. Si l'État estime que la Linafp doit justifier l'utilisation de fonds publics, qu'il exerce pleinement son contrôle dans le cadre prévu par les textes.
Si la Linafp doit recevoir un reliquat de subvention, que les conditions de paiement soient clairement établies. Si un entraîneur doit être sanctionné, que la commission disciplinaire compétente se prononce. Et si une cérémonie officielle doit désormais obéir à un protocole précis, qu'un règlement soit adopté et communiqué à tous les acteurs.
Simple, lisible et surtout institutionnel. Paul Kessany doit prendre de la hauteur. Le ministre des Sports, Paul Kessany, est dans son rôle lorsqu'il exige du respect à l'égard de l'État et des institutions. Mais l'autorité ne se mesure pas uniquement à la capacité de sévir. Elle se mesure aussi à la capacité de faire respecter les procédures sans personnaliser les conflits.
S'il existe un différend personnel entre le ministre et Thierry Dieudonné Mouyouma, il ne devrait jamais contaminer les relations entre le ministère, la Linafp et l'AS Mangasport. Le football gabonais a besoin de stabilité. Il a besoin de dirigeants capables de distinguer l'homme, la fonction, le club et l'institution.
Le ministre représente l'État. Mouyouma représente un entraîneur. Mangasport représente un club. La Linafp représente l'organisation du football professionnel. Personne ne devrait être confondu avec l'autre. Et si l'on profitait de cette affaire pour régler définitivement le problème ?
La proposition formulée par la Linafp dans son courrier mérite d'ailleurs d'être retenue, élaborer un protocole officiel des cérémonies de remise des trophées et médailles, précisant les obligations de comportement des joueurs, entraîneurs, dirigeants et officiels.
Voilà une sortie par le haut. Plutôt que de prolonger une polémique autour d'une médaille, le football gabonais pourrait en tirer une leçon institutionnelle. Demain, chacun saura ce qui est permis, ce qui ne l'est pas et surtout quelle instance est compétente pour agir. Ce serait beaucoup plus utile que de transformer chaque incident en bras de fer.
Le football gabonais mérite mieux. Ce nouvel épisode intervient malheureusement dans un contexte où les tensions entre acteurs du football deviennent de plus en plus visibles. Or, pendant que les responsables se disputent, le football, lui, attend. Les clubs attendent leurs ressources. Les joueurs attendent de meilleures conditions. Les entraîneurs attendent davantage de stabilité. Les compétitions attendent une véritable organisation. Et le public attend surtout que le football cesse d'être régulièrement ramené aux querelles d'hommes.
Alors oui, Thierry Dieudonné Mouyouma aurait certainement pu respecter davantage le protocole de la cérémonie. Mais oui également, le ministre des Sports doit veiller à ne pas transformer une affaire disciplinaire individuelle en conflit institutionnel ou financier. Et oui encore, la Linafp doit démontrer qu'elle peut exercer ses compétences disciplinaires en toute indépendance, conformément aux textes.
La solution n'est donc ni dans l'humiliation d'un entraîneur, ni dans la pression sur une ligue, ni dans la privation d'une récompense sportive due à un club. Elle est dans le respect des textes. Mangasport n'est pas Mouyouma. La Linafp n'est pas le ministère. Et le ministère n'est pas la commission disciplinaire.
Que chacun fasse donc son travail. Le football gabonais n'a pas besoin d'une nouvelle guerre de personnes. Il a besoin d'institutions fortes, de procédures claires et de responsables capables de prendre de la hauteur. Parce qu'au bout du compte, une médaille ne devrait jamais être plus importante que le football lui-même.

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