Gabon-Football: les agréments techniques s’enlisent, le ministère des Sports doit s’expliquer

Par/Fabrice Guitrie

Depuis plusieurs mois, le dossier des agréments techniques destinés aux ligues, sous-ligues et clubs sportifs semble s’enliser dans les couloirs administratifs du ministère des Sports. Une situation qui interpelle d’autant plus qu’au fil des semaines, les acteurs du mouvement sportif attendent toujours la régularisation de leurs situations pour pouvoir travailler dans un cadre administratif clair. Si les fédérations sportives ont reçues leurs agréments grâce à la pression du Comité International Olympique, pour les autres structures c'est l'insécurité.

Entre janvier et février 2026, plusieurs dossiers auraient été constitués et transmis aux services compétents, guichet unique du Ministère de l'intérieur a mis mois de deux semaines pour régler sa part mais le Ministère des sports toujours rien. Depuis, l’attente se prolonge. Et aujourd’hui, une question devient difficile à éviter. Pourquoi certains agréments techniques ne sont-ils toujours pas signés alors que, selon plusieurs sources proches du Ministère et des collaborateurs directs du ministre, certains dossiers seraient pourtant prêts ?

Le problème n’est pas simplement administratif. Derrière ces documents se trouvent des ligues, des sous-ligues, des clubs, des dirigeants, des entraîneurs et surtout des sportifs qui ont besoin d’un environnement réglementaire stable pour exercer leurs activités.

Lorsque l’administration devient un parcours du combattant

Le principe de l’agrément technique devrait pourtant être relativement simple : déposer un dossier conforme, permettre aux services compétents de l’examiner, corriger éventuellement les insuffisances constatées, puis procéder à la délivrance du document.

Mais sur le terrain, le constat semble tout autre.

Des acteurs du sport rapportent des demandes complémentaires, des documents à faire signer à nouveau et des passages supplémentaires auprès de certaines directions du ministère comme celle de la promotion du sport. Une situation qui nourrit l’incompréhension et donne le sentiment que le fameux guichet unique censé simplifier les démarches administratives peine encore à produire les effets attendus.

Alors, où se situe réellement le blocage ? Est-ce au niveau de l’instruction des dossiers ? De la validation administrative ? De la signature ? Ou existe-t-il simplement un problème de coordination entre les différents services concernés ?

Le cas de la Nyanga et de l’Ogooué-Ivindo pose question

L’une des situations qui interpelle particulièrement concerne les ligues provinciales de la Nyanga et de l’Ogooué-Ivindo. Selon les informations recueillies, ces deux ligues seraient invitées à fournir les agréments techniques de leurs clubs évoluant en première et deuxième divisions afin que leurs propres dossiers puissent avancer.

Mais une interrogation mérite d’être posée, comment exiger d’une ligue provinciale des agréments de clubs qui n’évoluent pas dans les championnats de première ou de deuxième division ? La Nyanga et l’Ogooué-Ivindo ne disposent pas, à notre connaissance, de clubs engagés dans ces deux niveaux nationaux. Leurs représentants évoluent notamment au niveau de la troisième division.

Dès lors, faut-il demander à une ligue de produire des documents qui, dans les faits, ne peuvent pas exister ? Cette situation mérite une clarification officielle. Car lorsqu'une exigence administrative ne correspond pas à la réalité sportive d'une province, c'est toute la cohérence de la procédure qui est remise en question.

Et les agréments des clubs ? Autre interrogation, et non des moindres, où en sont les agréments techniques des clubs ? Des informations circulant dans le milieu sportif indiquent que certains dossiers seraient incomplets. Le cas de Dikaki, notamment, serait concerné par des pièces manquantes.

Très bien. Mais si un dossier est effectivement incomplet, il appartient naturellement à l'administration d'indiquer précisément au demandeur les pièces à fournir afin de permettre sa régularisation. La question devient alors beaucoup plus large, qu'en est-il des dossiers qui, eux, seraient complets ?

Pourquoi leur délivrance tarde-t-elle encore ? Pourquoi des clubs ayant satisfait aux exigences administratives doivent-ils continuer à attendre sans véritable calendrier de sortie ? Le sport ne peut pas fonctionner dans l’incertitude permanente. Il faut le dire avec force, l'agrément technique n'est pas un simple morceau de papier destiné à dormir dans un tiroir administratif.

Il participe à la reconnaissance et à la régularité administrative des structures sportives. Son obtention peut conditionner de nombreuses démarches et permet aux acteurs concernés de savoir clairement où ils se situent vis-à-vis de l'administration. Lorsque les documents restent bloqués pendant des mois, c'est toute la chaîne sportive qui en subit les conséquences.

Le ministère des Sports a donc une responsabilité particulière, rendre la procédure lisible, transparente et prévisible. Les responsables des ligues et des clubs ne demandent pas nécessairement un traitement de faveur. Ils demandent simplement de connaître les règles, de savoir si leurs dossiers sont complets et, surtout, de comprendre pourquoi certains documents ne sont toujours pas délivrés.

Le ministre doit désormais clarifier

Paul Kessany et ses services sont aujourd'hui face à une situation qui appelle une réponse claire. Si certains dossiers sont incomplets, que l'administration dise lesquels et quelles pièces manquent. Si certains agréments attendent une signature, que l'on explique pourquoi. Si une nouvelle procédure doit être respectée, qu'elle soit communiquée officiellement à l'ensemble des acteurs.

Et si le guichet unique du ministère de la Jeunesse et des Sports est précisément destiné à simplifier les démarches, alors il faut expliquer pourquoi les demandeurs semblent encore être renvoyés d'un service à un autre pour obtenir des signatures ou compléter des formalités. Le sport gabonais a suffisamment souffert des lenteurs, des incompréhensions et des batailles administratives. Il n'a pas besoin d'une nouvelle zone grise.

L'administration doit administrer. Le sport doit pouvoir fonctionner. Aujourd'hui, une question reste donc sur la table combien de temps encore les ligues, sous-ligues et clubs devront-ils attendre pour obtenir des agréments dont certains dossiers seraient prêts depuis plusieurs mois ? Le silence administratif ne peut pas être une réponse.

Il est temps de sortir les dossiers des tiroirs, de clarifier les procédures et de donner enfin aux acteurs du sport gabonais une visibilité sur leur situation.

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