Lorsque Sadio Mané investit pour son pays, le football gabonais se déchire pour le pouvoir
Par/Fabrice Guitrie
Deux images, deux approches du rôle que peut jouer un ancien footballeur dans la société. À Bambali, au Sénégal, Sadio Mané vient de franchir une nouvelle étape dans son engagement pour sa communauté. Au Gabon, pendant ce temps, une partie du débat autour de la Fégafoot reste largement dominée par les ambitions de pouvoir, les querelles entre anciens joueurs et les affrontements autour du futur leadership de la fédération.
Ce samedi 19 septembre 2026, Sadio Mané a posé la première pierre de SM10 Agro, un projet agro-industriel évalué à 11,7 milliards de FCFA, implanté sur 500 hectares à Bambali. Le complexe doit notamment développer la transformation de la mangue, avec plus de 1 000 emplois directs annoncés au démarrage. La cérémonie s’est déroulée en présence d’Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale sénégalaise.
Voilà une autre manière de rester au service de son pays après une carrière sportive. Sadio Mané n'a pas attendu une fonction dans une fédération sportive pour agir. Il investit dans la production, la transformation, la formation et l'emploi. Son projet prévoit notamment des unités de transformation et un centre de formation, avec l'ambition de créer une véritable chaîne de valeur autour de la production agricole locale.
Au Gabon, la bataille reste concentrée sur la Fégafoot
Le contraste interpelle forcément lorsqu'on observe la situation du football gabonais. Depuis la suspension du processus électoral de la Fégafoot en avril 2026, la gouvernance de l'institution fait l'objet de nombreuses discussions et contestations. Le ministère des Sports avait justifié sa décision par des problèmes d'agréments techniques et de régularité administrative concernant la fédération et plusieurs structures de son collège électoral.
La question électorale est ainsi devenue le centre de gravité d'une partie du football gabonais. Des candidatures existent, des positions s'affrontent et les débats sur la gouvernance occupent une place importante. La Fégafoot avait d'ailleurs publié en avril une liste unique autour de MOUNGUENGUI Pierre Alain (MPA) avant que le processus ne soit suspendu.
Mais derrière cette bataille institutionnelle, une question mérite d'être posée, que restera-t-il au football gabonais de ces affrontements si l'objectif premier demeure l'accès au fauteuil ? Le complot d'ennemis devenus associés pour faire tomber l'actuel président de la fédération a été une honte pour certains qui ont fait le combat comme des moutons.
Le problème n'est pas qu'un ancien footballeur aspire à diriger une fédération. C'est parfaitement légitime. Le véritable enjeu est de savoir ce que chaque prétendant apporte comme projet concret pour le football, pour les jeunes, pour les clubs, pour les infrastructures, pour la formation et pour la reconversion des footballeurs.
L'exemple Mané mérite au moins réflexion
Sadio Mané n'a, à ce jour, annoncé aucune candidature à la direction de la fédération sénégalaise de football. Son actualité du moment est ailleurs : investir dans son terroir et créer de l'activité économique.
C'est précisément là que son exemple peut nourrir la réflexion au Gabon. Un footballeur peut avoir une influence considérable sans nécessairement chercher à occuper un fauteuil institutionnel. Il peut construire, former, investir et transmettre.
Dans le football gabonais, les anciens internationaux disposent eux aussi d'une expérience, d'une notoriété et d'un capital relationnel considérables. Cette richesse pourrait être transformée en projets structurants : académies, centres de formation, accompagnement des jeunes, infrastructures, formation des entraîneurs, reconversion des joueurs ou encore investissements dans les clubs.
Aubameyang: ne pas fabriquer une polémique là où il n'y en a pas
Le pseudo journaliste de la gauche dans sa publication de a encore fait sa bêtise pour convaincre les cancres. Le cas de Pierre-Emerick Aubameyang illustre également la nécessité de revenir aux faits. Le capitaine historique des Panthères a lui-même indiqué, lors de son passage sur Canal+ Afrique, qu'il était « pour l'instant en stand-by de l'équipe nationale ». Cette déclaration a été rapportée début septembre.
Il est donc préférable de partir de cette déclaration publique plutôt que de transformer son absence en une nouvelle bataille médiatique entre acteurs du football gabonais. Le football gabonais a besoin de débats, mais surtout de projets. Il a besoin d'hommes capables de dépasser les querelles personnelles pour penser la prochaine génération.
Sadio Mané vient de rappeler, depuis Bambali, qu'un ancien footballeur peut choisir de mettre une partie de sa réussite au service du développement de son pays. Au Gabon, la question mérite d'être posée, nos anciennes gloires veulent-elles seulement diriger le football ou veulent-elles aussi contribuer concrètement à le construire ?
Car entre chercher le pouvoir et laisser une œuvre, il existe une différence que le temps finit toujours par révéler.


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