MAROC-GABON : LES LIONS DE L’ATLAS SANS ÉCLAT, LES PANTHÈRES ENCORE TROP TENDRES

Par/Fabrice Guitrie

Le Gabon n’a pas été ridicule à Rabat. Mais il lui faudra être beaucoup plus qu’une équipe courageuse pour prétendre sérieusement à une qualification pour la CAN 2027. Battues 2-0 vendredi soir par le Maroc au stade Prince Moulay Abdellah, les Panthères ont résisté, observé, puis tenté de tenir tête aux Lions de l’Atlas. Une attitude intéressante dans le contenu, mais insuffisante dans l’efficacité.

Face à une sélection marocaine présentée comme l’une des plus fortes du continent et classée au 6e rang mondial dans les données de la rencontre, le Gabon a d’abord choisi la prudence. Le plan était clair, regarder jouer, fermer les espaces et éviter de se faire aspirer par la puissance offensive marocaine. Puis, progressivement, les hommes de Sébastien Bernard Henri Clément Migné ont essayé de sortir de leur coquille.

Mais entre une équipe dont plusieurs éléments évoluent au plus haut niveau européen et une sélection gabonaise dont une partie importante des joueurs évolue dans des championnats de second rang ou des divisions inférieures, l’écart de maturité collective et individuelle s’est parfois fait sentir.

Le Maroc, peu flamboyant, mais suffisamment supérieur. Le Maroc n’a pas livré une démonstration. Loin de là. Les Lions de l’Atlas ont même parfois donné l’impression de jouer avec le frein à main. Leur circulation du ballon n’a pas toujours été aussi fluide qu’attendu et leur animation offensive a manqué de variété.

Mais c’est précisément là que réside leur force, même sans développer leur meilleur football, les Marocains ont trouvé les ressources pour faire la différence.

Le premier but, inscrit par Noussair Mazraoui à la 36e minute, symbolise cette capacité à exploiter le moindre espace. Le défenseur marocain, habitué aux exigences du très haut niveau européen, a trouvé la faille d’une frappe déviée. Soufiane Rahimi a ensuite scellé le sort de la rencontre à la 84e minute.

Et derrière, Yassine Bounou a encore rappelé pourquoi l’expérience du très haut niveau constitue une arme considérable. Le gardien marocain a répondu présent sur plusieurs situations gabonaises et a empêché les Panthères de revenir dans la partie.

Dans les buts: Amonome battu, Bounou décisif

C’est peut-être l’un des symboles les plus parlants de cette rencontre. Jean-Noël Amonome n’a pas livré une prestation catastrophique, mais sa faute de main sur la frappe qui amène le premier but marocain laisse forcément des regrets. Dans un match fermé où le Gabon avait réussi à contenir les assauts adverses, une petite erreur de concentration suffit à faire basculer la rencontre.

En face, Yassine Bounou a été exactement ce qu’on attend d’un gardien de très haut niveau, présent dans les moments importants, rassurant dans ses interventions et capable de maintenir son équipe devant lorsque le Gabon a commencé à prendre davantage de risques. Deux gardiens, deux réalités différentes. Amonome doit encore gagner en constance dans ces rendez-vous de très haut niveau ; Bounou, lui, possède déjà cette expérience des grands matchs.

Défense : résistance gabonaise, précision marocaine

Le bloc gabonais a longtemps tenu. Les défenseurs ont accepté de subir et ont plutôt bien fermé les espaces. Jacques Ekomié a notamment apporté quelques solutions offensives intéressantes, un Do Marcolino intéressant, tandis que les frères Anthony et Jérémy Oyono ont tenté de maintenir la structure défensive du mieux qu'ils pouvaient.

Mais face à des joueurs marocains habitués à évoluer dans des environnements de très haut niveau, la moindre erreur technique ou positionnelle pouvait coûter cher. Le Maroc n’a d’ailleurs pas eu besoin de multiplier les occasions pour faire la différence, deux buts ont suffi.

Milieu : le Gabon a résisté avant de vouloir jouer

C’est dans ce secteur que le changement d’attitude gabonais a été le plus visible. Dans un premier temps, les Panthères ont surtout cherché à survivre. Puis Ibrahim Ndong, Guélor Kanga, André Poko ont progressivement tenté de gagner des mètres et de jouer plus haut. Mais ont été battus par des marocains.

Le problème reste la capacité à conserver le ballon sous pression.

Le Maroc possède des joueurs techniquement capables de sortir du pressing, de jouer entre les lignes et de changer rapidement le rythme. Le Gabon, lui, a encore besoin de progresser dans cette maîtrise collective.

Attaque : de bonnes intentions, mais trop peu de réalisme

C’est certainement le secteur qui doit le plus progresser. Denis Bouanga a essayé de provoquer et s’est procuré une occasion intéressante. Junior Effaghe et Shavy Babicka ont également eu des situations. Mais les Panthères ont manqué de précision dans le dernier geste. Et lorsque le Gabon a enfin décidé de tenir tête au Maroc, il lui a manqué cette qualité supplémentaire qui permet de transformer une bonne situation en véritable occasion de but.

Face à une équipe comme le Maroc, il faut être capable de punir immédiatement lorsque l’adversaire laisse un espace. Deux footballs, deux réalités. Le débat ne consiste pas à dire que les joueurs marocains seraient intrinsèquement meilleurs que les Gabonais. Il faut surtout regarder leur environnement de travail.

Le Maroc dispose aujourd’hui d’une génération de joueurs habitués aux exigences du football européen de haut niveau, avec des éléments capables d’évoluer dans les grands championnats et dans des clubs habitués aux compétitions continentales. Cette expérience se ressent dans la gestion des temps faibles, la vitesse d’exécution et la maîtrise technique.

Le Gabon possède également des individualités de qualité, notamment Denis Bouanga, Guélor Kanga ou Shavy Babicka. Mais l’effectif est moins homogène en matière d’expérience du très haut niveau. Une partie des internationaux gabonais évolue dans des clubs plus modestes, des championnats moins exposés ou à des niveaux inférieurs.

C’est là que se trouve une partie de l’écart observé à Rabat. Le Gabon n’a pas été ridicule, mais il doit changer de dimension. Le 2-0 ne raconte pas toute l'histoire du match. Le Gabon a résisté pendant une bonne partie de la rencontre et a même réussi à inquiéter le Maroc lorsqu’il a accepté de jouer davantage.

Mais si la qualification pour la CAN 2027 est véritablement la priorité, les Panthères devront montrer un autre visage lors des prochaines journées. Il faudra davantage de personnalité avec le ballon, plus de précision dans les trente derniers mètres, une meilleure maîtrise des transitions et surtout beaucoup moins d’erreurs individuelles.

Le Maroc n’a pas livré son meilleur football. Pourtant, il a gagné 2-0. C’est peut-être la principale leçon de cette soirée de Rabat : le très haut niveau ne demande pas toujours de jouer mieux que l’adversaire. Il demande surtout de savoir exploiter les moments qui comptent.

Le Gabon, lui, a montré qu’il pouvait résister. Il doit maintenant apprendre à imposer. Car pour aller chercher une qualification à la CAN, les Panthères devront être une autre équipe.

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