FOOTBALL GABONAIS: UNE TASK FORCE À ONZE JOURS DU CHAMPIONNAT, POUR SAUVER LE FOOTBALL OU RÉUNIR LES AMIS ? 5 journalistes à la place des présidents des clubs

Par/Fabrice Guitrie

Que veut réellement le Ministère des Sports ? Refonder le football gabonais ou multiplier les rencontres dont les conclusions risquent, une fois encore, de finir dans les tiroirs de l'administration ? La Task Force annoncée pour ce samedi soulève déjà de sérieuses interrogations sur sa pertinence, son calendrier et surtout la place accordée aux véritables acteurs du football national. Une gamme élevée des journalistes et moins d'acteurs principaux.

Après plusieurs mois de vacances sportives, durant lesquels le Ministère disposait de tout le temps nécessaire pour engager ses réflexions, c'est à seulement onze jours du démarrage annoncé du championnat national qu'il décide de réunir les acteurs autour d'une prétendue refondation du football gabonais. Pourquoi maintenant ? Pourquoi avoir attendu si longtemps pour traiter des questions aussi essentielles que la professionnalisation des clubs, la gouvernance et l'organisation des compétitions ?

Plus surprenant encore, comment prétendre réfléchir à l'avenir des clubs sans accorder une place centrale à leurs responsables ? La présence annoncée de cinq journalistes dans cette Task Force interpelle. Depuis quand les professionnels des médias sont-ils devenus plus indispensables à la gestion du football que ceux qui dirigent quotidiennement les clubs et supportent les difficultés du terrain ? Les journalistes seraient-ils désormais les super-experts du football gabonais ? Ou s'agit-il simplement d'un rendez-vous entre connaissances, soigneusement habillé du vocabulaire de la réforme ?

Personne ne conteste l'importance de la presse sportive dans le développement du football. Mais il existe une différence fondamentale entre observer, analyser, informer et administrer des structures sportives.

Autre sujet de préoccupation, l'avenir de la deuxième division professionnelle. Alors que le Ministère semble vouloir remettre en cause son statut professionnel, une question s'impose. Comment prétendre développer l'élite en fragilisant l'échelon censé l'alimenter ? Quel modèle de football veut-on construire dans ce pays ?

Le plus inquiétant reste que cette Task Force intervient alors que le championnat, initialement prévu le 24 octobre, vient d'être suspendu jusqu'à nouvel ordre, sur orientations du même ministère. Une situation difficilement compréhensible pour les clubs qui préparent la saison depuis plusieurs semaines.

Les documents officiels annoncent pourtant de grandes ambitions, gouvernance, professionnalisation, formation, commercialisation et viabilité économique. De belles intentions, certes ! Mais le football gabonais n'a-t-il pas déjà suffisamment connu de séminaires, de commissions et de recommandations sans résultats à la hauteur des attentes ?

Le football gabonais n'a pas besoin d'une nouvelle réunion de prestige. Il a besoin de compétitions, de financements, de décisions cohérentes et de respect pour ceux qui le font vivre.

Samedi, le Ministère devra donc convaincre que sa Task Force n'est pas une rencontre de plus entre invités privilégiés, mais un véritable instrument de réforme. Car à force de vouloir réorganiser le football sans lui permettre de jouer, on risque de finir par réformer un championnat qui n'existe plus que sur le papier.


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