SPORTS GABONAIS: TASK FORCE, LE MINISTRE FACE À SES CONTRADICTIONS ET À L’ILLÉGALITÉ

Par/Fabrice Guitrie

La Task Force annoncée pour lundi dans le mouvement footballistique gabonais suscite de sérieuses interrogations. Au-delà de la démarche engagée par le Ministère des Sports, c’est la cohérence de son action et le respect des règles administratives qui sont aujourd’hui en question. Comment le ministre peut-il stopper les championnats nationaux et d'écarter des clubs au motif qu’ils ne disposent pas des agréments requis, tout en envisageant de réunir des structures dont la situation administrative et la représentativité sont contestées ? Depuis février les associations sportives ont fait leur demande au guichet unique, le Ministère de l'intérieur a fait sa part mais celui du sport continue son action de lutte contre le bureau de la Fégafoot.

Cette contradiction est au cœur du problème. Si les agréments techniques et les récépissés constituent une condition indispensable pour être reconnu comme interlocuteur du ministère, cette exigence doit s’appliquer à tous, sans distinction ni traitement de faveur. À défaut, le ministère s’expose à une accusation de deux poids, deux mesures.

Une Task Force contestée dans son principe

L’association de Morvan Ndounda, celle de Landry Nkeyi, la Linafp, la Fégafoot et l’association des arbitres figurent parmi les structures citées dans cette démarche. Mais une question fondamentale demeure, leur situation administrative est-elle régulière et disposent-elles d’un mandat incontestable pour parler au nom des clubs ? Alors c'est sur quelle base doivent-ils prendre part à cette rencontre autour d'un buffet ?

Landry Nkeyi, Morvan Ndounda et les représentants des arbitres ne peuvent pas s’arroger le droit de parler au nom de clubs qui sont sans agréments techniques et récépissés et sans démontrer leur mandat et leur légitimité. La représentation du mouvement sportif ne saurait dépendre de convenances personnelles ou de choix unilatéraux. Elle doit reposer sur des règles précises, des mandats établis et une reconnaissance conforme aux textes applicables. Et un média proche du Ministère ne peut pas venir mentir sur la place publique, pondre un communiqué au nom de la Linafp c'est vraiment abusé.

Dès lors, si le ministère considère que les clubs dépourvus d’agréments techniques, récépissés ne sont pas habilités à participer aux championnats, aux discussions, il doit expliquer sur quelle base il entend associer d’autres structures dont la régularité ou la représentativité est également mise en cause pour parler en leur nom.

Le ministre peut-il imposer une règle et son contraire ?

C’est toute la difficulté de cette démarche. En maintenant l’exigence des agréments pour certains acteurs tout en ouvrant la porte à une concertation dont les participants sont contestés, clubs, Fégafoot, Linafp, associations, le ministre risque de fragiliser la légitimité de sa propre initiative.

Le mieux est de remettre les agréments techniques et récépissés avant de s'asseoir autour de la table. Mais mettre la charrue avant les boeufs c'est se demander pourquoi l'oeuf de la poule contracté à partir du vent n'a pas de poussin.

La légalité ne peut pas être appliquée à géométrie variable. Si les règles administratives sont opposables aux clubs, elles doivent également être respectées par les associations et les organismes appelés à prendre part à la réorganisation du secteur sportif.

La Task Force de lundi pourrait ainsi devenir le symbole d’une contradiction administrative majeure, voire d’une démarche entachée d’irrégularité si les conditions légales de participation et de représentation ne sont pas réunies.

La solution, régulariser avant de concerter. La voie à suivre est pourtant claire, remettre à plat la situation des agréments techniques et des récépissés, permettre aux clubs et associations de régulariser leurs dossiers, puis organiser une concertation avec des structures administrativement en règle et disposant d’une représentativité établie.

Le sport gabonais n’a pas besoin d’une concertation contestée, mais d’un cadre transparent, équitable et respectueux des textes. Le ministère doit garantir que les mêmes règles s’appliquent à tous les acteurs, sans privilèges ni exclusions arbitraires.

Avant de vouloir remettre le football gabonais en ordre, encore faut-il que le ministère commence par respecter lui-même les règles qu’il entend imposer aux autres.

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