FOOTBALL GABONAIS: DONATIEN AFATOUGHE, UNE SORTIE PARLEMENTAIRE QUI INTERROGE SUR SA CONNAISSANCE DU MILIEU
Un ancien candidat à la présidence de la Ligue de football de l’Ogooué-Maritime devrait pourtant avoir une lecture plus juste des réalités du football gabonais.
Par/Fabrice Guitrie
La sortie du député Donatien AFATOUGHE sur le football gabonais est loin d'avoir convaincu. Bien au contraire, son intervention soulève de sérieuses interrogations sur sa connaissance du fonctionnement des clubs ligues, associations, FIFA-CAF, du travail de formation et des réalités du terrain. Lorsqu'on choisit de prendre la parole sur un sujet aussi sensible au sein de la représentation nationale, encore faut-il maîtriser les dossiers que l'on prétend défendre.
Le plus surprenant dans cette intervention, c'est que Donatien AFATOUGHE n'est pas un simple observateur du football. Ancien candidat à la présidence de la Ligue de football de l'Ogooué-Maritime, il a lui-même cherché à accéder aux responsabilités dans cette discipline. À l'époque, il avait notamment sollicité le soutien de l'actuel président de la Fégafoot pour porter son ambition dans la cité pétrolière, mais également à Makokou. Comment peut-on, après avoir côtoyé les réalités de ce milieu et ambitionné de le diriger, présenter aujourd'hui une lecture aussi approximative de certaines questions fondamentales ?
La formation des jeunes ne se décrète pas, elle se démontre.
Dans cette affaire, la question de l'utilisation des financements de la FIFA semble être devenue une véritable obsession pour certains acteurs politiques et ennemis du football gabonais. Pourtant, avant de distribuer les bons et les mauvais points, il serait judicieux de regarder de près le travail réellement accompli par les structures qui se réclament de la formation.
Citer des clubs et des écoles de football comme références sans être capable de démontrer leur contribution effective à la formation des jeunes relève d'un exercice pour le moins contestable. Depuis près de vingt ans, quelles structures peuvent véritablement revendiquer un travail régulier, identifiable et vérifiable dans la formation des jeunes footballeurs gabonais ?
Le FFAL constitue, à cet égard, un exemple concret avec plusieurs jeunes passés par sa structure et ayant intégré les sélections nationales de jeunes. Mais qu'en est-il des autres organisations citées ? Combien de joueurs ont-elles réellement accompagnés jusqu'au haut niveau ? Quels talents ont-elles révélés ? Quels résultats sportifs et éducatifs peuvent-elles présenter ?
Il ne suffit pas d'encaisser les cotisations des parents, d'organiser quelques séances d'entraînement et de se présenter ensuite comme un centre de formation. Former, c'est détecter, encadrer, accompagner et surtout produire des joueurs capables de franchir les différentes étapes de leur parcours.
Des accusations qui méritent des réponses.
Plus troublant encore, évoquer la formation des jeunes filles sans tenir compte du travail réalisé par d'autres structures pose un véritable problème de crédibilité. Des clubs comme Talents d'Or, FC TriStar, OM, Amichi ou encore Oyem AC sont associés à des parcours de jeunes joueuses. Dès lors, sur quelle base peut-on s'attribuer des mérites qui mériteraient d'être documentés et vérifiés ? Et mentir que ces sportives sont issues d'un club sans âme, sans mémoire, mais juste du mensonge ? Un bling bling vendu dans le vide.
On ne peut pas, d'un côté, dénoncer certaines pratiques et, de l'autre, présenter des résultats sans apporter les éléments permettant de les établir. Le football gabonais a besoin de transparence, pas d'une bataille de déclarations destinée à entretenir la confusion dans l'opinion.
La frustration d'une élection perdue ne doit pas devenir une lecture du football.
Derrière cette intervention, une autre interrogation mérite d'être posée. Donatien AFATOUGHE s'exprime-t-il en parlementaire soucieux de contribuer au développement du football ou en ancien candidat qui n'aurait toujours pas digéré son échec à la tête de la Ligue de football de l'Ogooué-Maritime ? D'ailleurs les candidatures sont ouvertes pour la présidence de la Fégafoot, il peut toujours postuler. Combien l'État Gabonais subventionne la Fégafoot ?
La question peut paraître sévère, mais elle est légitime au regard de son parcours et de la teneur de ses propos. Une défaite électorale ne devrait jamais devenir le prisme à travers lequel on analyse les institutions sportives. L'intérêt général doit primer sur les frustrations personnelles.
Autre élément qui interpelle, cette intervention donne l'impression d'une prise de parole insuffisamment préparée. Qui a fourni à l'élu le document qu'il semblait lire devant ses collègues ? Qui a préparé les éléments de langage ? Et surtout, pourquoi ne pas avoir pris le temps de vérifier les informations et la dénomination des structures citées avant de s'exprimer dans l'hémicycle venir lire des noms qu'il a découvert sous un pli.
La manière dont certains noms de clubs ont été prononcés, sans apparente maîtrise, a renforcé le sentiment d'une intervention qui aurait mérité davantage de préparation. Le silence de ceux qui, autour de lui, pouvaient apporter des précisions ou rectifier certaines approximations est également révélateur.
Le Parlement n'est pas une tribune pour régler des comptes.
Le football gabonais mérite mieux que des règlements de comptes déguisés en préoccupations institutionnelles. Un député a parfaitement le droit d'interroger la Fégafoot, de demander des comptes sur les financements de la FIFA et d'exiger des garanties concernant leur utilisation. C'est même une démarche légitime dans le cadre du contrôle de l'action des institutions.
Mais cette exigence doit reposer sur des faits, des chiffres, des documents et une connaissance minimale du terrain. On ne peut pas prétendre défendre les intérêts du football national en diffusant des informations contestables ou en mettant sur le même plan des structures dont les parcours et les résultats ne sont pas comparables.
Donatien AFATOUGHE aurait pu saisir cette occasion pour formuler des propositions concrètes sur la formation, la gouvernance des clubs, l'encadrement des jeunes et la transparence financière. Il aurait pu apporter son expérience d'ancien candidat à la Ligue de l'Ogooué-Maritime au débat national.
Malheureusement, sa sortie laisse davantage le sentiment d'une occasion manquée que celui d'une contribution constructive.
Dans le football, les ambitions passent, les élections se gagnent ou se perdent, mais les faits restent. Et ce sont les résultats sur le terrain, pas les discours dans l'hémicycle, qui permettent de mesurer la véritable contribution d'une structure au développement du football gabonais.


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