Gabon-Football: le Gouvernement interpelle, la Fégafoot face à l’heure de vérité
Par/Fabrice Guitrie
Le communiqué officiel du Gouvernement, rendu public le 1er janvier 2026 à la suite de la prestation jugée déshonorante des Panthères du Gabon lors de la Coupe d’Afrique des Nations Total Énergies Maroc 2025, marque un tournant décisif dans la gouvernance du football national. Au-delà des sanctions immédiates annoncées, ce texte sonne comme un appel clair, direct et sans équivoque à la Fédération Gabonaise de Football (Fégafoot) celui d’assumer pleinement ses responsabilités historiques.
Un communiqué de rupture et de recadrage institutionnel
La dissolution du staff technique, la suspension de l’équipe nationale jusqu’à nouvel ordre et la mise à l’écart de deux figures majeures que sont Bruno Ecuélé Manga et Pierre-Emerick Aubameyang traduisent une volonté politique de rompre avec un cycle d’échecs répétés bien que le plus gros échec vient de l'appareil étatique. Le Gouvernement justifie ces décisions par des « effets multiformes aux antipodes des valeurs d’éthique et d’exemplarité prônées par la Ve République », inscrivant ainsi le football dans une logique plus large de refondation morale et institutionnelle.
Mais le point le plus structurant du communiqué reste sans doute cette phrase clé « le Gouvernement invite la Fédération Gabonaise de Football à prendre toutes ses responsabilités ». Derrière cette formulation sobre se cache un transfert assumé de responsabilité vers l’organe fédéral, désormais placé au centre du jeu.
La Fégafoot face à son pouvoir réel de refondation
Pour la première fois depuis longtemps, la Fégafoot sous Mounguengui Pierre Alain (MPA) dispose d’une fenêtre d’opportunité réelle pour opérer un nettoyage en profondeur de son institution. Plusieurs membres de l’appareil fédéral ont, au fil des années, démontré une indiscipline notoire, une incompétence persistante, des pratiques relevant parfois de la délinquance amateur et un amateurisme incompatible avec les exigences du football moderne.
À cela s’ajoutent des présidents de commissions travaillant en sous-marin contre le pouvoir fédéral, affaiblissant l’autorité interne, sabotant les réformes et alimentant des crises à répétition. Cette situation ne peut plus perdurer si la Fégafoot veut restaurer sa crédibilité, tant sur le plan national qu’international.
Responsabilité partagée, mais leadership fédéral assumé
L’analyse objective du communiqué montre également que la responsabilité ne saurait être uniquement imputée à la Fédération. Certains collaborateurs affectés par le Gouvernement, via le département ministériel des Sports, du sélectionneur à d’autres responsables placés sous tutelle et quelques voyous du cabinet du ministre, ont eux aussi contribué au dysfonctionnement global du système.
Toutefois, en appelant la Fégafoot à « prendre toutes ses responsabilités », l’État reconnaît implicitement que la Fédération est l’organe légitime pour trancher, assainir et réorganiser. Il lui revient donc de mettre de l’ordre, sans complaisance ni calculs politiques, dans l’ensemble de la chaîne décisionnelle du football gabonais.
La question centrale de la Ligue nationale de football
Dans cette dynamique de refonte, une piste majeure mérite d’être explorée, accorder à la Fégafoot le pouvoir de mettre sous tutelle la Ligue nationale de football. Une telle mesure permettrait de clarifier les rôles, d’instaurer une gouvernance plus rigoureuse et surtout de responsabiliser les acteurs du football professionnel.
L’objectif est clair : permettre à la Ligue de fonctionner de manière autonome, structurée et transparente, sans que l’État n’ait continuellement à subventionner un système inefficace et mal gouverné. Cette rupture avec la dépendance financière étatique serait un signal fort de maturité institutionnelle.
Repartir sur de nouvelles bases pour reconstruire durablement
Le communiqué gouvernemental, loin d’être un simple acte de sanction, ouvre la voie à une refondation profonde du football gabonais. Les bénéfices attendus sont multiples restauration de la discipline, clarification des responsabilités, professionnalisation des structures et retour progressif de la confiance des supporters.
Encore faut-il que la Fégafoot saisisse cette occasion historique. Repartir sur de nouvelles bases exige du courage, de la lucidité et une volonté ferme de rompre avec les pratiques du passé. Sans cela, les mêmes causes continueront de produire les mêmes effets, au détriment du football gabonais et de son peuple.
L’heure n’est plus aux discours, mais aux actes. La balle est désormais dans le camp de la Fégafoot.

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